Avis de tempête dans la blogosphère


La décision prise par la direction des publications romandes de Tamedia de revoir sa politique des blogs fait passer la flottille des blogueurs par les 40èmes rugissants. En première ligne, les blogueurs navigants sous les couleurs de 24 Heures.
Cette décision comporte deux volets, qui concernent les trois sites des quotidiens du groupe.
Le premier a été de procéder à une mise à quai de très nombreux blogs lancés dans la période euphorique du Web 2.0 et laissés en déshérence. Plusieurs d’entre eux se trouvaient même à l’état d’épaves. Les plus nombreux dataient de l’époque du Matin bleu, quotidien gratuit disparu lors des premières phases de rapprochement entre Edipresse, l’ancien armateur, et le groupe Tamedia.
Le second volet consiste à répartir désormais les charges d’entretien entre les trois sites, selon le nombre de blogs hébergés par chacun d’eux. Une plate-forme de blogs suppose en effet des coûts, dont tous les blogueurs ne sont pas conscients en ce temps de gratuité de l’information. Le plus évident est la location des places d’amarrage auprès d’un hébergeur spécialisé (blogSpirit pour les trois titres), auquel est sous-traitée la gestion technique des blogs. Un autre, très variable, tient à la politique éditoriale de chaque titre, et donc à l’engagement de forces rédactionnelles plus ou moins importantes. A l’inverse, il est juste de rappeler que les prestations des blogueurs eux-mêmes, sur l’ensemble de la blogosphère, sont ordinairement bénévoles tout en contribuant marginalement à l’audience numérique du média qui les accueille.
Après quelques années d’expérience, la nécessité s’est imposée de procéder à une pesée des avantages et des inconvénients. Au nombre de ces derniers, les incertitudes qui pèsent sur les responsabilités juridiques en cas de plainte contre l’auteur d’un blog hébergé par un site médiatique. Les trois titres romands de Tamedia ont donc défini leur ligne, chacun pour soi.
Le Matin a choisi de limiter fortement le nombre de ses blogs, mais de continuer à développer l’interactivité des internautes familiers de son site. Cela passe par un accueil large de commentaires en ligne et l’ouverture quotidienne d’un forum de discussion sur un sujet d’actualité, dont des extraits sont repris dans le journal sur papier.
La Tribune de Genève porte surtout l’accent sur sa plate-forme de blogs. Celle-ci se trouve elle aussi réduite par l’élimination d’internautes inertes. Elle reste encore très peuplée. Les activités des blogueurs les plus éminents sont suivies et promues non seulement sur le site, mais dans les colonnes du journal.
Quant à 24 Heures, l’édition numérique n’est pas négligée, mais elle ne compte pas parmi les premières priorités du titre. Sa plate-forme de blogs s’est sensiblement réduite, selon des critères divers de qualité, de fréquentation, de régularité, de diversité, de pertinence en référence au débat public tel qu’il semble attendu par son lectorat – critères bien entendu soumis à l’interprétation et par nature discutables. Une fois redimensionnée, sa configuration ressemble à celle d’une escouade bigarrée de chroniqueurs, de billettistes plus ou moins lestes, de gens simplement désireux de s’exprimer.
Or, cela ne plaît pas à un certain nombre des blogueurs qui se trouvent ainsi écartés. Ils y voient censure et insupportable atteinte à leur liberté d’expression. La grogne a été attisée par une première communication sur le portail d’accueil des blogs de 24 Heures, à vrai dire si sommaire qu’elle en devenait sibylline. Alerté par l’auteur du blog « Persif(f)lage », d’abord sous la forme d’un commentaire déposé sur sa Page, le médiateur est intervenu à l’interne, juste avant de partir pendant plus de deux semaines sous les tropiques. En son absence, la communication a pris un tour plus transparent, mais non sans que le portail des blogs ne subisse, lui a-t-on rapporté, diverses perturbations. La situation paraît aujourd’hui plus claire, mieux comprise sinon toujours mieux reçue, et la nouvelle organisation de la plate-forme prend effet le 29 janvier.
Ces quelques constatations et explications se veulent dépourvues de toute appréciation sur le fond. Les décisions concernant la gestion des blogs relèvent de la politique éditoriale du groupe et de ses titres. Elles échappent au cahier des charges du médiateur, qui est de traiter les réclamations contre les contenus rédactionnels des journaux et magazines, ainsi que des médias en ligne.
 

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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Vos commentaires

L’esprit ne semble pas souffler sur BlogSpirit, boîte française oeuvrant donc pour l’outre-sarinienne Tamedia.
Comment de tels modérateurs et trieurs parisiens seraient-t-ils capables de juger des pratiques et usages de notre démocratie dont ils ignorent tout ? Ces censeurs potentiels étrangers – car c’est bien de cela qu’il s’agit – ne sont a priori ni compétents ni dignes de se prononcer sur la prose helvétissime de nos blogueurs.
Je me demande si le moment n’est pas venu de créer un Blog Libre et gratuit pour tous les blogeurs « tamediatistes » déçus et exclus bien qu’ils fournissent souvent des prestations plus intéressantes que certains articles de journaux-papier.
Pour ce qui est des coûts et de la rentabilité, il y a effectivement péril en la demeure:
Chez pressdisplay.com, pour la somme de 24,75 euros par mois, on peut lire des milliers de journaux on line en plusieurs langues, en télécharger certains ou se faire lire les textes en voix synthétique !
Au moment où les investissements publicitaires dans la presse papier de Suisse fléchissent de 11,1 %, le moment paraît mal choisi pour monter les blogueurs-lecteurs contre les éditeurs. Il arrive en effet que les blogueurs achètent ou s’abonnent ou lisent des journaux-papier dans les bistrots. Ce taux de lecture influe sur les revenus publicitaires. Ces lecteurs-blogueurs soutiennent la presse..donc la démocratie.

Le médiateur n’a pas pour habitude de réagir aux commentaires déposés sur sa Page, afin de ne pas donner l’impression de chercher à avoir le dernier mot sur tout.
Dans le cas particulier, il juge cependant utile de signaler que blogSpirit assure la gestion technique des blogs et n’intervient en rien sur les contenus. Il se peut qu’une confusion se soit produite avec la société qui assure la modération des commentaires sur les sites des journaux.

Merci pour vos informations. 24 Heures il y a bien des années, et la Tribune de Genève plus récemment m’ont invitée à publier ce que j’écrivais déjà sur un « site » (katutura.blogspot) et ceci, à ma connaissance, a été accepté.