Le blues des modérateurs du Net


C’est le magazine Télérama qui nous l’apprend: les modérateurs du Net ont parfois le blues. Publiée début décembre, une enquête a été menée auprès d’une société spécialisée dans le tri des commentaires en ligne. La mission des modérateurs est de traquer les propos racistes ou diffamatoires sur les sites d’information. «Une prouesse qui affecte parfois leur moral, nous assure Télérama, tant le flot d’infamies est continu». Le blues donc à écouter «les râleurs, les racistes, les grincheux, les mécontents anonymes».
Les publications romandes de Tamedia (anciennement Edipresse) recourent elles aussi à un prestataire extérieur, la société française Netino. Les rédactions de Genève et de Lausanne sont ainsi déchargées de la sale besogne. Cela ne va pas non plus sans problème.
Les modérateurs ainsi mandatés interviennent à distance. Ils connaissent mal le contexte romand et sa diversité, le profil des acteurs locaux, les courants de l’opinion. Ils peinent à percevoir les questions en émergence sur ce coin de terre francophone. Plusieurs débats menés ici sont communs à d’autres pays (le Proche-Orient, le mariage gay, les événements saillants de la planète), mais la Suisse garde ses spécificités.
Netino a établi une charte de modération des commentaires, qui est bien pensée. Par la force des choses, son application souffre parfois d’une méconnaissance du terrain. Le médiateur de Tamedia a été plus d’une fois interpellé au sujet de la suppression de commentaires qui, à ses yeux, étaient parfaitement publiables. Pour autant qu’ils soient signés!
Et c’est bien là que le bât blesse. Depuis six mois, la consigne est donnée aux internautes de faire suivre leurs commentaires de leur prénom et de leur nom. Le but est d’améliorer la qualité des discussions en invitant leurs participants à jeter le masque. Et de dissuader les familiers de l’insulte et de la diffamation. Le résultat est mélangé.
Le médiateur reçoit l’assurance que de nombreux comptes ont été bloqués depuis lors, dont les titulaires refusaient toute indication permettant de les connaître ou reconnaître. Il perçoit bien la difficulté de Netino de repérer les truqueurs. La reprise quotidienne dans le journal Le Matin de commentaires déposés sur son site continue cependant de le laisser perplexe.
Qu’un modérateur lambda de Netino ne soit pas un habitué du trafic pendulaire entre Lausanne et Genève est une chose. Mais que le rédacteur chargé de la rubrique «Web» de la version papier reprenne trois fois dans la même semaine les propos de l’autoproclamé «Edgard Demorges» en est une autre. De même, on voit apparaître encore trop de signatures du genre «Aude Javel» (5 décembre) ou «Laure Enbarre» (15 décembre).
Un pointage sur une seule édition choisie au hasard (12 décembre) laisse subsister de nombreuses incertitudes quant à l’authenticité des signatures. Sur douze commentaires, une moitié (au moins!) semble suspecte. Même si l’on admet qu’une recherche par local.ch ne livre pas le dernier mot, on doit s’étonner de la présence de patronymes apparemment inexistants comme «Haufman» (alors qu’il existe de nombreux Hofmann ou Hoffmann) ou «Ruopp» (sur local.ch, 98 Rupp, 7 Ruepp et même 1 Ropp !).  Sans parler du prénom exogène (Jan Varrin, qui n’est par l’aimable Jean Varrin joint au téléphone) ou de l’accumulation de prénoms formant patronyme, presque toujours douteuse. Or tous ces internautes débordent d’activité sur le site du Matin
La situation est doublement dommageable. Elle l’est pour la crédibilité du titre, que seule une modération (trop?) rigoureuse des contenus permet alors de préserver. Elle l’est plus encore pour les internautes qui jouent loyalement le jeu de la transparence, et qui pourraient finir par se décourager.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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Vos commentaires

Si ici, il était possible de titrer, je noterais:
INFOS PAS TRÈS NETTES SUR LE NET.
Et en sous-titre:
Le blues du blogueur dans le flou du Net.

Lu sur le site de 24Heures (page d’accueil):

« Nous avons décidé de changer de politique en matière d’hébergement des blogs dès 2013 et nous ne pourrons malheureusement plus poursuivre ce service gratuit dans les mêmes conditions. »

Pourriez-vous éclairer notre lanterne? Ce texte est le fait de communicateurs de première bourre. Mais peut-être avez-vous des renseignements complémentaires… Mais le Tamediateur a-t-il le droit de communiquer à ce sujet probablement plus sensible que celui qui concerne « Netino. »

Signé JCB, alias Père Siffleur ou Baptiste Kapp
(si mon numéro AVS devait être nécessaire il est à votre disposition).

Lorsque l’on publie des commentaires un peu acerbes, surtout en ce qui concerne le traitement que l’on devrait réserver aux malfrats violents qui empoisonnent la vie des gens « normaux », on est systématiquement censuré. Aucune insulte, aucun propos raciste, respect à la lettre de la charte et de la bienséance. Si la presse, dirigée par Tamedia, le désire, elle peut sans autre supprimer la possibilité de commenter. On n’y perdra rien. Pour ma part , je vais limiter ma participation.

j’ai écrit plusieurs fois un @ à Netino. Ils m’ont promis de reprendre contact autrement que par une réponse automatique (généralement très rapide, bête et idiote). J’ai recherché leur adresse postale en vain.
J’ai rouspété auprès du médiateur de Tamedia à cause du frein qu’une société hors les murs peut mettre à l’information de l’information, à ce jour sans résultat.
La censure de la censure est (à mon point de vue) très malsaine pour la démocratie, surtout l’helvétique.