Ma vie sur le Net, pour toujours


En moins d’une semaine, c’est un tir groupé. Le dernier dimanche de novembre, l’émission «Mise au point» de la Télévision suisse romande diffuse une enquête sur des arnaques opérées à partir de la Côte-d’Ivoire. Les victimes en sont des naïfs, cédant devant la webcam de leur ordinateur aux charmes virtuels de jeunes personnes. Ils acceptent de se dénuder et de se livrer à des pratiques intimes. Ils sont soumis ensuite à un chantage, sous la menace de diffusion des images sur l’Internet. Ce serait à rire, ou à pleurer, si l’automne 2012 n’avait pas été la dernière saison d’un lycéen de Brest et d’une adolescente canadienne, que des agissements identiques ou analogues ont poussés au suicide.
Quelques jours plus tard, l’émission «Envoyé spécial» (France 2) révèle au grand public les traces indélébiles que laissent de leur passage les internautes familiers de Facebook et de Twitter, les participants à des forums de discussion ou encore des habitués de sites marchands. L’émission relate une expérience menée avec des étudiants ayant accepté de communiquer leur nom et leur adresse électronique à un spécialiste de la protection numérique. A partir de ces seules données, les découvertes sont insoupçonnées.
Rien de cela ne devrait inciter à renoncer aux commodités des nouvelles technologies, à revenir pour toute communication au pli postal et à jeter sa carte de crédit aux orties. Mais tout devrait conduire à la plus grande prudence quant au dévoilement de soi-même sur l’Internet.
Car la Toile n’oublie rien. Un rapport a été diffusé récemment en France à l’occasion de la journée mondiale des droits de l’enfant. Il s’inquiète de la permanence de données relevant de la vie privée, textes ou images, confiées candidement par des mineurs aux réseaux sociaux. Il défend le principe d’une acception élargie du «droit à l’oubli».
La Commission européenne a suggéré au début de l’année l’établissement d’un droit à l’oubli numérique, qui permettrait à chacun d’obtenir la suppression de renseignements le concernant si aucun motif légitime ne justifie leur conservation.
En France encore, il existe depuis deux ans une charte sur le droit à l’oubli numérique dans les sites collaboratifs et les moteurs de recherche. Pour l’instant, toutes ces initiatives visant à protéger la vie privée des individus se heurtent à l’opposition des mastodontes de l’Internet, Facebook et Google en première ligne.
En quoi tout cela concerne-t-il le journalisme? En ceci que le journalisme est un levier puissant de référencement des données captées sur le Web. Même lorsqu’il n’est pas lui-même à l’origine de leur divulgation, la reprise d’une aventure personnelle qui fait «buzz», la mention d’une identité sans justification par un intérêt public ou encore la pêche aux images sur les réseaux sociaux engagent sa responsabilité. En renforçant l’attention des moteurs de recherche, il contribue à effacer plus encore les frontières de la vie privée.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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