Sociétés financières sous projecteur médiatique


L’ affaire fait  grand bruit en cette fin octobre. Elle concerne des actes de blanchiment de fonds issus d’un énorme trafic de drogue entre le Maroc et la France. Le circuit en est complexe et passe par Genève. Une société financière créée voilà plus de trente ans, établie non loin de la place des Eaux-Vives, s’y trouve impliquée. Plusieurs personnes sont interpellées en France et à Genève. L’affaire provoque la démission d’une élue parisienne, maire adjointe du 13e arrondissement.
Le nom de la société, à laquelle l’enquête attribue un rôle décisif dans des transferts d’argent délictueux, n’est pas été immédiatement rendu public. Les journaux d’ici parlent d’une société financière installée «de longue date» au centre-ville, sans la nommer. De même, l’un des suspects est désigné comme employé d’une «grande banque internationale de la place».
Ce n’est qu’après quelques jours que la presse mentionne la société GPF (Gestion et promotion financière) et la banque HSBC. Le revirement est dû au fait que GPF a diffusé entretemps un communiqué mettant publiquement la société en relation avec l’affaire rapportée par les médias.
On n’y prête pas toujours attention: une protection devrait être  assurée aux personnes morales au même titre qu’elle s’applique à des personnes physiques. La personne morale partage avec la personne physique des attributs comme le nom, le patrimoine, le domicile. Dans les affaires pénales, il en va principalement de la présomption d’innocence, qui concerne aussi bien un individu qu’une société ou tout autre groupement doté d’une personnalité juridique.
Pour autant qu’elle permette d’assurer la compréhension du récit, une désignation discrète par les médias est conforme aux normes journalistiques et à la jurisprudence du Conseil suisse de la presse. Hors de conditions très précises, qui tiennent pour la plupart à la notoriété des personnes, un relatif anonymat est donc assuré. Cette garantie n’est pas négligeable dans le cas de sociétés dont il est aisé de connaître les noms des propriétaires ou des administrateurs, par la simple consultation du Registre du commerce.
La question de la publication de l’identité d’un suspect ou d’un condamné se pose fréquemment. Il en est régulièrement question dans La page du médiateur. Elle est plus rarement évoquée à propos d’une personne morale. La couverture médiatique des affaires financières n’est pas toujours cohérente.
A l’époque du scandale des fonds Madoff, une société financière genevoise a fait l’objet d’une large publicité pour avoir goûté au fruit défendu. Or, la société n’était pas la seule dans son cas et l’un de ses anciens administrateurs relève, dans un courrier adressé à la Tribune de Genève, qu’à ce jour, après quatre ans, «aucun élément ne vient soutenir la thèse d’un acte pénal».
La rédaction en chef du journal fait valoir que la presse était alors légitimée à traiter dans le détail des incidences locales de l’affaire Madoff, ce qui paraît peu contestable. L’un des critères principaux du choix et du traitement des nouvelles n’est-il pas leur proximité par rapport aux intérêts supposés du public? En ce sens, dans un tel brouhaha planétaire, l’apparition d’un acteur genevois est apparue comme une aubaine.
Mais pourquoi la presse n’a-t-elle pas hésité à l’époque à donner le nom de cette société? Pourquoi attend-elle aujourd’hui, à propos du  blanchiment d’argent, que GPF se fasse elle-même connaître? La réponse journalistique n’est ici pas vraiment convaincante, la loi de proximité se trouvant diversement appliquée.
Est-ce alors le fait que l’affaire de blanchiment n’en est qu’à ses débuts et qu’il est pour l’heure difficile, comme l’affirme encore la rédaction en chef de la Tribune de Genève, d’en «démêler les tenants et les aboutissant»? Ou est-ce simplement qu’il n’existe pas aujourd’hui de protagonistes locaux aussi empressés de braquer le projecteur médiatique sur GPF qu’il s’en trouvait naguère?

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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