La pierre de V.


S’agit-il d’un caillou, d’une pierre, d’un fragment? Dans les médias et sur la Toile courent des opinions diverses. Avancées avec assurance par de gens qui, à ce jour, n’ont pas vu l’objet du litige. Mais qui s’empressent de voler à l’aveugle  au secours de V., commandant de la police valaisanne. Ou se régalent au contraire sans attendre d’une curée annoncée.
La pierre en cause – sans autre information, le médiateur ne peut que retenir ici le terme le plus neutre – a été trouvée dans les bagages du commandant, au moment où il s’apprêtait à quitter la Turquie avec sa petite famille. C’était à l’aéroport d’Antalya.
L’affaire remonte au 27 juillet. Le commandant V. a été retenu quelques jours en détention en Turquie, puis libéré. Une audience est annoncée pour le 25 septembre.
Cela laisse deux mois  de bruit et de rumeur. Des réactions de lecteurs sont parvenues au médiateur.
L’une d’elles le met dans l’embarras. Elle concerne l’éditorial publié en première page par la Tribune de Genève dans ses éditions de 4 et 5 août. «Juste pour vous faire part de ma déception, écrit ce lecteur. Que c’est superficiel! Quels éléments [l’auteur] a-t-il pour juger ainsi un homme?» Bonne question, mais le médiateur n’est pas censé se prononcer sur les prises de position éditoriale.
Cela ne l’empêche pas de faire une observation de forme. Le même texte a été publié le même jour dans 24 Heures. Non comme éditorial, mais comme commentaire placé directement sous le compte rendu d’une conférence de presse donnée la veille par le commandant V, dans une page intérieure. C’était sa juste place. Le contenu n’en est pas moins discutable aux yeux du lecteur critique, mais la présence est moins solennelle, elle engage moins directement le journal.
Une autre réaction vient de Vercorin, en Valais. Elle concerne le site Internet du Matin et s’en prend au modérateur du site. Comment peut-il laisser passer des termes tels que « voleur» ou «menteur»? Comment peut-il, dans se gestion des commentaires, faire à ce point fi de la présomption d’innocence? Comment peut-il laisser à «la vindicte de certains invertébrés le droit de dire n’importe quoi»? En effet.
Depuis la fin du moins de juin, les sites du Matin, de 24 Heures et de la Tribune de Genève n’acceptent en principe plus de commentaires que d’internautes dûment enregistrés et signant de leur prénom et nom. Une telle mesure est censée limiter les dérapages sur les forums en ligne. Le contrôle des contenus est confié depuis plusieurs mois  à une société extérieure spécialisée. Celui des identités est assuré par un service interne.
Ni l’un ni l’autre ne sont infaillibles. Le filtrage par mots clés ne tient pas toujours compte des contextes. Or il en existe de nombreux où les mots «voleur» ou «menteur», par exemple, sont admissibles. L’enregistrement des identités se met en place, il n’est pas invulnérable aux astuces de malins ou de tricheurs. Comme l’internaute de Vercorin, chacun ne peut manquer de s’étonner d’un commentaire si commodément signé  «Jean Bolomey». Que les internautes n’hésitent pas à signaler une identité qui leur paraît douteuse! Quant à ce Bolomey-là, il n’a plus droit de cité sur le site du Matin.
Un adage voudrait que les médias soient forts avec les faibles et faibles avec les puissants. La pierre de V., au même titre que la Saint-Sylvestre d’un ex-conseiller d’Etat genevois, découvre une autre loi: attribuée à un puissant, une aventure banale peut devenir affaire d’Etat. La participation spontanée du public sur la Toile n’y est pas pour rien.
 

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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