DSK en zone interdite


«La face cachée d’un incroyable scandale». C’est ce que promettait de révéler la chaîne française M6 dimanche 13 mai, à l’enseigne de Zone interdite. Un documentaire de près de deux heures, bien conçu, bien monté, retraçait les principaux épisodes de l’affaire DSK. Qu’a-t-on découvert en contemplant cette face cachée? Pas grand-chose que l’on ne savait déjà.

Anecdotique, le fait que l’ancien directeur du Fonds monétaire international passe d’abord une partie de la nuit dans la suite 2806 du Sofitel de New-York avec une dame. Jusqu’alors peu exploitée,  la précision expliquerait la présence de Dominique Strauss-Kahn à New York pour un autre motif que la seule intention de rencontrer sa fille. Une case de l’agenda ménagée pour le repos du guerrier. Cela n’amène rien à l’affaire, mais dévoilerait – ou plutôt confirmerait – un aspect de la personnalité de son principal protagoniste.

Plus remarquables, les explications données par la juge du tribunal qui décida dans un premier temps de maintenir DSK sous les verrous, à propos de la présence inhabituelle dans la salle d’audience de photographes et de caméramans de télévision. Elle reconnaît tout simplement avoir cédé à la pression des médias. Elle le regrette. C’est fort plausible. On ne l’y reprend plus.

Un peu frustrante, la démonstration de la mise en scène par la police de la sortie de DSK du commissariat, où il a été conduit après son arrestation. Cette « Perp Walk » – «perp» pour «perpetrator», celui qui a perpétré un crime – est courante aux Etats-Unis. Il est intéressant d’observer que la voiture de police qui doit l’emmener, d’abord stationnée devant la porte du commissariat, est déplacée afin d’allonger le déplacement et d’offrir aux médias l’image d’un DSK abattu et dûment menotté. Mais qui a pris l’initiative de cette mise en scène, qui l’a organisée et comment, sous quel contrôle et quelle autorité?

Pour le reste, de bonnes questions sont posées. Sur la complaisance des chaînes de télévisions françaises à passer en boucle la scène de la déchéance, alors que depuis 2000 une loi interdit de publier ou diffuser des images de  personnes menottées. Sur la vaine et envahissante présence de journalistes devant le domicile new-yorkais provisoire de DSK et de son épouse, pour ne récolter que des détails futiles. Sur des comportements analogues devant le tribunal, dans l’attente du moindre indice de mouvement, aussitôt monté en épingle. La vacuité en direct.

La même mobilisation s’est produite récemment sur une chaîne d’information en continu, lors du siège de l’appartement de Mohamed Merah, à Toulouse. Malgré les critiques, les autocritiques et les belles déclarations, les leçons ne sont jamais retenues. Le spectacle continue!

De bonnes questions donc, mais une trop hâtive référence à la loi Guigou et à la présomption d’innocence, un trop bref aveu de course à l’insignifiance. Parmi les personnes convoquées pour faire découvrir cette face cachée du scandale, plusieurs journalistes. Il aurait été intéressant de les entendre aussi sur certaines addictions médiatiques.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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