Les Romands pris dans le psychodrame présidentiel


Les lecteurs de journaux romands n’y coupent pas. Ni les chers auditeurs et téléspectateurs. L’actualité du monde semble suspendue quand se profilent au Proche-Occident des perspectives électorales majeures. Une telle mobilisation provoque parmi les lecteurs et internautes des réactions assez vives, d’adhésion ou de rejet.  Elle interpelle traditionnellement les observateurs de notre pré carré.

Dans une chronique du Temps, l’ancien diplomate François Nordmann s’interroge: «Est-ce un cas de “besoin de grandeur” ou de nostalgie de ne pas avoir de débats publics aussi musclés qu’en France? Est-ce une assimilation à un jeu télévisé, à une téléréalité qui masquerait la substance pour ne garder que l’aspect du concours, de l’émulation, du défi, bref du suspens que nos médias excellent à mettre en relief?»

Il y a de cela, en effet, dans cette campagne vécue par procuration. On se découvre des audaces, des fascinations qu’un passage physique, postal ou électronique dans un isoloir helvétique suffirait à anesthésier. On s’y croit. «Si j’étais Français, je voterais (ou j’aurais voté) X (ou Y) au premier tour». Mais on ne l’est pas, Français. On prend des postures. On se la joue. On est au cinéma.

Les Romands se distinguent ainsi de leurs Confédérés alémaniques, dont les relations avec l’Allemagne portent encore le poids du passé. Le phénomène n’est pas nouveau. C’est ce que remarque Christophe Büchi, le correspondant en Suisse romande de la Neue Zürcher Zeitung.

Le journaliste relève cette année un sensible fléchissement de la passion partagée. Rien de comparable à l’affrontement de 1981, entre Giscard d’Estaing président sortant et Mitterrand prétendant de longue date, indécis jusqu’au bout et porté par deux personnalités d’envergure. Plus rien non plus du piquant offert voilà cinq ans par le duel entre l’improbable «Ségo» et l’inévitable «Sarko».

Est-ce dû à un trop-plein de gestionnaire, imposé par la crise? Au brouillage des discours de candidats moins occupés, dans une première phase, à s’affirmer qu’à marauder dans les vergers voisins? En France aussi la population peine à s’enflammer*.

La Suisse comme cible

Alors que le fantasme intime des Suisses indifférait jusque là complètement les Français, citoyens et personnel politique confondus, au mieux les étonnait ou les amusait, voilà que la Suisse devient le «souffre-douleur» (24 heures) ou le «bouc émissaire» (Tribune de Genève) de la campagne. Au centre du débat: l’Eden fiscal helvétique, de moins en moins paradisiaque dans les coffres, toujours rentable dans les urnes.

Et enfin, cette escarmouche de dernière heure: les menaces sur les médias suisses et belges de représailles en cas de divulgation de résultats avant le temps fixé par la loi française, 20 heures le dimanche soir.

Naguère des journaux suisses tentaient de capter outre-Jura l’attention de lecteurs occasionnels par la publication la veille du scrutin d’ultimes sondages non publics, qui transgressait la loi française. Diffusion accrue de papier à vendre! La pratique obéissait à des impératifs d’image, voire commerciaux. Elle était discutable. La rupture de l’embargo légal créait une situation de concurrence peu loyale envers la presse et les médias français réduits au silence, qui ne s’interdisaient pas cependant d’en profiter.

L’Internet change tout. L’existence de réseaux sociaux et la capillarité de la Toile renversent de fait la responsabilité quant au respect de l’heure limite. C’est à la source désormais de l’assurer, donc aux instituts de sondage eux-mêmes, par une rétention, respectivement une diffusion adéquates des informations… pour autant que la loi persiste à l’imposer.

Quant aux médias étrangers à la France et à leurs sites Internet, ils n’exportent pas comme autrefois des contenus interdits par la loi française. Ils rendent simplement accessibles des données mises en ligne par leurs soins, selon la législation de leurs propres pays.

Ce ne sont plus des journaux qui passent la frontière dans des camions; ce sont des internautes qui naviguent en jouant avec leur souris.

* Au premier tour, elle a cependant démenti les sondages annonçant une forte abstention (note ajoutée le 23 avril).

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