Zones grises sur la Toile


Une activité de médiateur de presse, étendue depuis cinq ans à la presse en ligne, conduit à cerner quelques zones critiques du journalisme sur l’Internet, sans prétendre ici les énoncer toutes.
Au titre de la liberté d’expression, la présence sur les forums de discussion d’insultes, de grossièretés, de propos racistes et antisémites. Ces scories de la libre parole sont favorisées par le recours à des pseudonymes, qui masquent parfois un hermétique anonymat. Voire par des usurpations d’identité, encore plus pernicieuses.
La plupart des observateurs considèrent, à la façon de Tocqueville, que de telles dérives sont le prix à payer pour l’accès de tous à la liberté d’expression, que permet désormais l’Internet. Le médiateur en convient. Mais que les sites journalistiques, que les versions en ligne des médias s’en distinguent sur ce point par un traitement plus conforme à leurs propres normes déontologiques, comme l’a rappelé récemment le Conseil suisse de la presse!
Après tout, personne ne demande aux médias de régenter l’ensemble des échanges sur le Web. Qu’ils occupent leur territoire en respectant leurs règles professionnelles et laissent à d’autres la liberté d’appliquer celles qui leur chantent et d’en répondre au besoin devant la loi! Car les médias ne devraient pas se réclamer seulement de la liberté, mais aussi d’autres valeurs qui appartiennent à leur responsabilité sociale.
Et précisément au regard de l’une d’elles, la recherche de la vérité, plusieurs attentes nouvelles se font jour, à commencer par une exigence de transparence.
Comment assurer sur le réseau la « traçabilité » de l’information sans déroger à la protection des sources?
Comment intégrer dans les journaux télévisés les images fournies sur la Toile par des amateurs engagés, souvent incontrôlables, sans risquer de compromettre la stabilité du discours informatif?
Comment tirer parti des contenus originaux de l’Internet, sans tomber dans le piège de la rumeur?
L’enjeu est crucial. Les normes déontologiques de la recherche de la vérité doivent aujourd’hui se repenser. Il s’agit du noyau dur du journalisme, de son plus solide bastion face à la communication protéiforme de l’ère numérique.
Au titre du respect de la personne, enfin, le changement le plus important tient à la nouvelle délimitation de la vie privée.
Avant l’Internet et les réseaux sociaux, ce qu’une personne rendait visible pouvait être automatiquement considéré comme public par les médias traditionnels, dès lors que cela répondait à un intérêt général.
Sur la Toile, certains contenus mis en ligne, et donc visibles, ne sont pas pour autant publics. Le sociologue Dominique Cardon l’a fort bien démontré dans un essai récent sur La démocratie Internet (Paris, Seuil, 2010).
Or tous ces contenus ne sont pas destinés à une reprise par les médias traditionnels, qui les cristallisent et leur confèrent une audience non prévue et une pérennité non désirée.
La responsabilité du journalisme se trouve ici convoquée à nouveaux frais. Elle s’accroît par l’effet des moteurs de recherche, dont l’efficacité met à mal l’un des droits de la personne: le droit à l’oubli. Entrez un nom et un prénom sur Google et c’est tout un passé qui vous est dévoilé.
Partout où elle n’existe pas, partout où elle est menacée ou fragile, la démocratie trouve dans l’Internet un levier puissant. Dans nos pays qui s’en réclament, l’instrument nécessite encore quelques réglages. Ces réglages engagent au premier rang la responsabilité du journalisme et des médias. Il en va de leur crédibilité.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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