Une affichette qui fait boum


C’est peu dire qu’elle a choqué dans le milieu des enseignants. L’affichette de la Tribune de Genève du lundi 12 mars annonçant le vote sur l’introduction du mercredi matin à l’école a été reçue comme un boulet de canon. «C’est honteux!» lâchait après plus d’une semaine une ancienne institutrice habitant le Mandement. Et il faut bien admettre qu’elle était raide, l’affichette: «Enseignants du primaire mis au pas!»
Mis au pas! Le vice-président de la Société pédagogique genevoise a aussitôt protesté. Sa lettre, claire et mesurée, a été publiée dans les éditions du 15 mars. Une défaite devant le peuple, mais une défaite qui conclut un débat sur l’école ouvert par l’usage d’un droit démocratique, le référendum. Pourquoi ce «dénigrement des enseignants primaires, qui accomplissent au quotidien une tâche difficile»? Pourquoi cette «interprétation largement exagérée du résultat»?
Côté interprétation, le blog Parenthèses, tenu sur la plate-forme de la Tribune de Genève par une spécialiste des questions d’éducation et d’enseignement, concède qu’un nombre certain, mais indéterminé de partisans de l’école le mercredi matin a sans doute voté pour des motifs sans relation directe avec l’objet. Davantage par jalousie ou rancœur envers un corps enseignant jugé, à tort ou à raison, plutôt privilégié dans une société déstabilisée par la crise économique.
Elle n’entend pas, pour sa part, mettre les journalistes au pas. Mais elle n’est pas avare de critiques envers une presse «complaisante», devenue «l’écho ou l’instigatrice» d’un esprit de bas étage, fait de dédain et de mépris. Elle lui reproche de s’être contentée de reproduire des opinions sans avoir procédé à la moindre enquête approfondie. Au total, de s’être illustrée par une manière d’exercer le métier qui est celle d’un «journaliste bête et méchant», formule qu’elle porte en titre de son billet.
Autant le médiateur peut comprendre la réaction de la SPG, autant il ne peut que s’étonner de tels propos. Des journalistes «porte-paroles d’opinions formatées par le pouvoir»? Il faudrait l’établir autrement que par un geste d’humeur au lendemain d’une défaite. Il est vrai que l’antienne est reprise aujourd’hui par quelques-uns, qui souhaiteraient peut-être régenter le débat à leur guise. Une façon de le nourrir ou simplement d’exister?
Une affichette est toujours réductrice. Plus encore qu’un titre en tête d’un article. Quelques mots seulement, et pas trop longs, pour exprimer un fait, une situation. C’est un jeu difficile, forcément hybride puisqu’il s’agit à la fois de dire et d’interpeller le chaland, à mi-chemin entre l’information et l’appel commercial.
«Enseignants du primaire mis au pas» ne met pas directement en cause «les enseignants», formulation qui conduirait à une généralisation abusive. A l’inverse, elle ne limite pas la mise au pas à «des enseignants», qui en limiterait la portée à une présumée minorité. L’absence d’article, défini ou indéfini, laisse ouvertes les deux lectures. La première semble l’avoir nettement emporté dans le milieu concerné.
Aux critiques, le rédacteur en chef de la Tribune de Genève répond qu’il assume les termes de l’affichette, tout en reconnaissant «qu’ils peuvent être perçus comme déplacés par les enseignants du primaire». En ce cas, il le regrette. Il tient cependant à souligner que le journal a «couvert cette campagne importante pour l’école genevoise de façon tout à fait équilibrée – ce qu’a d’ailleurs reconnu le vice-président de la SPG dans un échange de courrier. Il a accordé largement et équitablement la parole aux deux parties. Nous avons travaillé sur ce sujet pendant plusieurs mois afin de déterminer,  entre autres, quelles étaient les motivations réelles des partisans et opposants d’un débat  extrêmement crispé».
Une couverture équilibrée du débat. Dans les colonnes d’Hara-Kiri, journal «bête et méchant» comme on s’en souvient, ce n’était pas tout à fait le genre de la maison.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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