Solange Lusiku, militante de l’information


Vous connaissez Aung San Suu Kyi, symbole vivant de l’opposition non-violente à la dictature militaire en Birmanie, prix Nobel de la paix en 1991. Vous connaissez Taslima Nasreen, gynécologue et femme de lettres d’origine bangladaise, par ses luttes pour l’émancipation des femmes et contre l’obscurantisme religieux. Avez-vous déjà entendu parler de Solange Lusiku? Ces trois femmes partagent l’honneur d’avoir reçu un doctorat honoris causa de l’Université catholique de Louvain, en Belgique.
Après Aung San Suu Kyi en 1998, après Taslima Nasreen l’an dernier, Solande Lusiku Nsimire s’est trouvée ainsi honorée au début du mois de février. Elle est une combattante, elle aussi. Pour la participation des femmes à la démocratie dans un pays, le Congo, qui s’affiche «République démocratique». Pour une information indépendante et honnête, dans des conditions où rien n’est jamais acquis.
Solange Lusiku est l’éditrice et rédactrice en chef du Souverain, une publication périodique de Bukavu, dans la province du Sud-Kivu. Elle a repris en 2007 ce journal créé quinze ans plus tôt par Emmanuel Barhayiga, qui l’a voué à l’information libre.
Nous nous sommes exprimés ensemble, devant un auditoire d’étudiants à Louvain-la-Neuve. Les questions portaient sur les axes principaux de l’éthique de l’information, ses exigences d’indépendance, de recherche de la vérité, de respect de la personne. Quelle harmonie immédiate et profonde dans nos discours! Quel accord sur les valeurs! Mais quelles différences aussi dans les modalités de leur mise en œuvre!
Sous nos latitudes, si privilégiées en termes de liberté de l’information que l’on se prend à l’oublier, les journalistes se montrent critiques envers leur environnement économique, les pressions de tous ordres, les tentations de complaisance induites par l’emprise des spécialistes de la communication – et ils ont raison de le rester. Mais au pays de Solange, il s’agit de se battre pied à pied pour résister aux menaces, aux velléités de subordonner l’information aux intérêts d’un groupe ou d’une personnalité politiques. Le Souverain affiche à sa Une que la liberté d’expression est un droit et non un cadeau du politicien.
Il s’agit aussi de lutter, à l’intérieur de la profession, contre l’autocensure qui rassure, contre la rumeur qui séduit, contre le « coupage » qui rapporte, cette coutume consistant à glisser une enveloppe à un journaliste chichement rémunéré, afin qu’il parle de vous. En termes favorables cela va de soi.
Chaque nouveau numéro représente pour Solange Lusiku un défi  et chaque parution une victoire. Les instruments techniques et autres moyens matériels, les ressources budgétaires sont autant d’enjeux, en amont du travail de récolte et d’élaboration de l’information. Le Souverain a besoin de soutiens.
Le climat ambiant n’est pas non plus propice à la sérénité d’une activité journalistique. Des bandes armées continuent de semer le trouble dans la région. Depuis les élections de 2006, sept journalistes congolais ont été assassinés dans l’exercice de leur profession. Solange Lusiku en a fait mémoire lors de son discours de récipiendaire.
Elle est mère de six enfants, elle est épaulée par un mari engagé. Elle est remplie de foi dans son combat pour une information libre. Elle se veut « une ouvrière de la plume indépendante ». Elle avoue pourtant dans un sourire: «Mon espérance de vie est de 24 heures, renouvelables!».

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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