Commentaires en ligne: c’est dit!


Le Conseil suisse de la presse vient de prendre position sur un sujet chaud: la mise en ligne de commentaires anonymes ou sous pseudonymes.
Le médiateur en a fait pendant plusieurs mois son cheval de bataille sur cette Page. Voilà tout juste un an, il a même publié sur un blog personnel Marges, abandonné depuis lors, une note délibérément provocante, destinée à faire sortir du bois les internautes masqués.
De cette expérience fructueuse, par moments cuisante,  il a tiré une série de trois autres notes  en forme de bilan, sous le titre général «Pseudonymes sur la Toile»: 1) L’avis des autres; 2) Comment les traiter?; 3) Pour les médias une question de crédibilité.
Pour l’essentiel, le Conseil de la presse va dans le même sens. Le traitement des commentaires proposés sur les sites des médias en ligne devrait répondre aux mêmes critères que la publication des lettres de lecteurs dans les journaux «papier».

Deux règles de base

Ces critères tiennent en deux règles de base: les commentaires en ligne, qu’il s’agisse de forums rédactionnels ou de réactions à des articles, doivent porter la signature de leur auteur ; dans les cas rares où l’auteur d’un commentaire «a des raisons légitimes de craindre pour sa vie privée, son intégrité ou celle de ses sources, le pseudonyme est admissible pour autant que la rédaction connaisse son identité réelle».
C’est dit! Les commentaires acceptés sur les sites médiatiques doivent être signés ou, dans des situations d’exception, authentifiés.
L’application concerne les journalistes affectés aux rédactions en ligne des médias ou employés par des sites journalistiques indépendants, que l’on appelle les pure players.
Elle n’est pas extensible aux blogs, tenus par des internautes qui ne sont pas nécessairement journalistes. Si de tels «mini-médias» sont rassemblés sur une plate-forme créée par un journal (la Tribune de Genève par exemple, ou 24 Heures), la responsabilité n’incombe pas à la rédaction, mais à l’éditeur, souligne encore le Conseil de la presse.
Une responsabilité qu’il faut entendre sous l’aspect déontologique. Car sur le plan juridique, la jurisprudence est encore incertaine. Qui est responsable d’un commentaire litigieux? Son auteur? Le blogueur qui l’a accepté? L’éditeur ou le média gérant la plate-forme? Tout n’est pas encore définitivement établi.

Pourquoi pas une adresse électronique valide comme exigence minimale?

Sur un point, et conformément à une précédente prise de position, le Conseil de la presse amène cependant une réflexion qui infléchit le propos. Il serait exagéré d’attendre, estime-t-il, une identification des participants aux forums de discussion fondés sur la recherche de la spontanéité du public et l‘immédiateté des réactions. Par exemple en cours d’une émission en direct à la télévision.
Dans ce cas, le Conseil requiert une modération a priori, avant toute diffusion ou mise en ligne. L’objectif est de s’assurer que l’internaute n’abuse pas de l’anonymat pour émettre «des commentaires diffamatoires ou discriminatoires».
Cela se comprend, mais reste discutable. Outre que ce contrôle a priori pourrait entraver la spontanéité et l’immédiateté recherchées, est-on bien sûr que ce qui est tenu ici pour une exception ne passera pas très vite pour la règle? Que la distinction entre diverses formes de participation réfléchie et contributions à des forums de discussion spontanée ne tendra pas à se brouiller, sur les sites de presse écrite surtout? Et que les attentes en matière de débat démocratique ouvert et transparent n’auront pas avancé d’un pouce?
Le Conseil de la presse a sans doute raison: une exigence absolue d’identification serait «irréaliste», tant elle est contraire à la culture même de la Toile. Mais il semble que l’indication d’une adresse électronique valide, aisément contrôlable le cas échéant, devrait constituer dans tous les cas une condition d’authentification minimale. Forums de discussion spontanée inclus!
De nombreux médias sont enivrés par le trafic généré sur leurs sites. Ils traînent déjà les pieds et trouveront d’innombrables raisons de faire la sourde oreille aux recommandations du Conseil suisse de la presse. Ils devraient s’inspirer de la Badischezeitung.de. Ce site exige aujourd’hui que tout commentaire ou blog soit signé d’un «vrai nom». Résultat, relevé par le Conseil, «après une importante baisse, le site allemand a retrouvé son ancien volume de contributions, mais d’un niveau nettement plus élevé». Encore faut-il avoir le courage de faire le pas.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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