La rubrique « Lifestyle »: quel journalisme?


La Tribune de Genève présente l’activité d’un salon de soins cosmétiques dans sa rubrique «Lèche vitrine», qui paraît le samedi. Ce salon, qui s’est établi à Lausanne avant d’ouvrir à Genève, offre des prestations relativement nouvelles et originales. Un salon concurrent installé au bout du lac s’estime discriminé par l’article et adresse une plainte au médiateur.
Une réponse directe a été rendue à la plaignante sur un point précis. Son propre salon est, en effet, évoqué dans l’article et un propos de sa concurrente a fait l’objet d’un malentendu. Il reste que le motif principal de mécontentement tient à une question simple: pourquoi ce salon et non pas le mien? Pourquoi tant de lignes et quatre photographies en couleur pour l’autre, alors que mon salon n’a droit qu’à une brève mention en fin d’article? Et pour le principe: est-ce que la déontologie journalistique ne commande pas un traitement plus équitable?
Un journal n’est pas un monolithe. Il accueille aussi des articles qui entretiennent avec l’actualité des relations floues, cherchant avant tout à intéresser les lecteurs dans leur vie quotidienne et à cultiver des relations de proximité. Ces articles relèvent davantage d’un journalisme de communication que des formes traditionnelles du journalisme d’information et d’opinion.
Dans 24 Heures, on en trouve dans les rubriques «Temps libre» ou «Tendances», en fin de semaine. Dans la Tribune de Genève, ils prennent place dans  «Aujourd’hui» ou dans «Lèche vitrines». Sur quoi portent-ils? La plupart sur des sujets dans l’air du temps et des conseils pratiques, ainsi que sur des produits et services considérés comme dignes d’intérêt, par leur nouveauté, leur utilité, leur caractère plaisant ou insolite.
Ils s’inscrivent dans l’activité rédactionnelle ordinaire, tout en se situant dans une zone proche d’autres formes de communication, en premier lieu de la publicité. La Déclaration des devoirs et des droits des journalistes contient plusieurs directives visant à clarifier les relations entre les espaces payés par les annonceurs (y compris le «publi-reportage») et les espaces gérés par la rédaction.

Un balisage nécessaire

L’une de ces directives porte précisément sur les rubriques «Lifestyle» ou «bons plans», dont relève l’article controversé sur le salon de soins cosmétiques. Elle affirme que «la liberté de la rédaction dans le choix des thèmes qu’elle entend traiter [dans de telles rubriques] est à préserver intégralement».
Côté pile, cela signifie qu’une rédaction n’a pas à se faire imposer des sujets, à des fins promotionnelles ou publicitaires. Par exemple sous forme de couplage avec une campagne d’annonces.
Côté face, cela assure son indépendance dans le choix de tel produit ou tel commerce plutôt que de tel autre. En l’occurrence, tel salon de soins cosmétiques plutôt qu’un autre, alors même que celui-ci affirmerait s’être installé le premier ou prétendrait offrir de meilleures prestations.
La directive précise encore que «les règles déontologiques s’appliquent aussi à la présentation des biens de consommation». Cela implique-t-il une observation attentive de l’ensemble de l’appareil déontologique? Sur fond, oui. La directive prend cependant la précaution de préciser les contours de la zone sensible. La crédibilité du média et des journalistes se trouve compromise, affirme-t-elle, par l’absence de toute critique, une présentation dithyrambique, la mention plus fréquente que nécessaire de marques de produits ou de services, la reprise de slogans publicitaires. C’est clairement la relation entre l’information et la publicité qui est visée.
Le journalisme de communication s’est beaucoup développé au cours des dernières décennies, en particulier dans la presse écrite et sur l’Internet. Il a ses codes propres. Il serait utile de le signaler comme tel au public, de la même manière que le journalisme traditionnel devait s’employer à distinguer l’information du commentaire. Il semble que des titres de rubriques comme «Tendances» (24 Heures) ou «Lèche vitrines» (Tribune de Genève) représentent un balisage assez clair.
 

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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