Assange est passé de mode


Personne n’a oublié. Il y a un an, la publication de documents diplomatiques américains piratés par WikiLeaks faisait de Julian Assange, créateur et patron de l’officine, une star mondiale. Il n’y en avait que pour lui. La planète médiatique était mise à feu et à sang. Fallait-il ou non publier ces documents obtenus en toute illégalité? Leur intérêt public justifiait-il les risques de mettre en danger certains acteurs et les sources de la diplomatie américaine?
La parade fut trouvée à l’époque en recourant à des journaux reconnus, convoqués pour jouer le rôle de filtre. Un rôle double: retenir dans la masse les informations réellement saillantes par rapport à la situation mondiale et à l’histoire récente; masquer des protagonistes et des sources qui se trouveraient exposés à des représailles.
Tout paraissait à peu près sous contrôle. Même si la crainte existait déjà d’un court-circuit qui brûlerait l’étape du filtre médiatique ou le rendrait inopérant. A vrai dire, on imaginait alors plutôt un acte militant de la part d’Assange: encouragé par l’écho des premières publications, un pas ultime vers la transparence proclamée.
Or le court-circuit s’est produit de manière encore mal élucidée, mais apparemment accidentelle: la communication imprudente d’un mot de passe secret, donnant accès à l’ensemble des documents et permettant de les décrypter; ou plus probablement une fausse manœuvre de collaborateurs de WikiLeaks, mélangeant une copie des câbles diplomatiques bruts aux archives déjà publiées ; ou encore…  Peu importe, car le résultat est le même. L’ensemble des documents est mis en ligne début septembre, non filtré. Les protections entourant certains acteurs et certaines sources tombent.
Les cinq journaux associés à la phase fondatrice de la grande opération WikiLeaks, le Guardian en tête, ont élevé aussitôt de véhémentes protestations et attribué l’entière responsabilité de la divulgation à Assange lui-même. Par vengeance? Pour reprendre la main?
Il ne faut pas s’en étonner. L’accident était programmé. Le plus surprenant est de constater le peu d’attention accordé à ce deuxième épisode. Tant d’événements se sont produits depuis les premières publications, en particulier autour de la Méditerranée, que l’ensemble des révélations rassemblées par Assange et consorts paraît tout simplement dépassé. Un matériau dont l’essentiel a été exploité, désormais sans grand intérêt. Le regard des médias s’est porté ailleurs, sur les péripéties plus ou moins croustillantes de l’affaire DSK, sur les coliques eurotiques et l’encéphalite des marchés financiers.
Quelques articles développés ont paru ici ou là sur ces divulgations à retardement (à noter en Suisse romande l’exception du Temps, qui leur a consacré une pleine page). Aucun vrai débat ne s’en est trouvé relancé sur les dommages collatéraux de la transparence. Assange est passé de mode.

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Vos commentaires

La vérité, c’est qu’il n’y a PAS d’effets collatéraux et que toute l’opération a été pensée et contrôlée par la CIA et d’autres agences de cette espèce. La presse est tombée dans le panneau. Et le soldat Manning ne sera pas sacrifié. Assange lui même et Manning ne se savaient pas manipulés. Pourquoi la presse l’aurait-elle su? Ne vous étonnez point ensuite que les révélations d’Assange n’en soient pas et ne l’ont jamais été. Avez-vous des peaux de saucisson sur les yeux?

« Aucun vrai débat ne s’en est trouvé relancé sur les dommages collatéraux de la transparence. »
Ne croyez-vous pas, Monsieur Cornu, que c’est parce que les jugements moraux priment aujourd’hui bien plus que les débats contradictoires ?
http://www.dailymotion.com/video/x8ydoq_pascal-boniface-sur-la-liberte-d-ex_news#rel-page-3

Merci, c’est bien dit: « les coliques eurotiques et l’encéphalite des marchés financiers. »
C’est vrai que les révélations de Wikileaks portaient un coups aux intérêts de politiciens surtout. Les médias anglais sont plus intéressés par son avenir, que les occidentaux menacés par des banques « vides » et qui souffrent de coliques eurotiques et « l’encéphalite » des marchés financiers. Trop de choses se passent, selon les médias, mais la réalité des masses restent ignorée, volontairement ou pas. Pourquoi?