Modération des commentaires sur le Net: un oeil neuf


Du nouveau sur les sites des quotidiens d’Edipresse!  Depuis le 1er juillet, les commentaires apportés par les internautes sur les sites des journaux ne sont plus modérés par les équipes Web de chaque titre. Ils le sont par une société extérieure, établie en France et nommée Netino.
Cela faisait plusieurs mois que le groupe de presse romand essayait de dégager une doctrine commune pour la gestion et la modération des commentaires sur les sites du Matin, de 24 heures et de la Tribune de Genève. Dans les trois quotidiens, des usages divers s’étaient développés, aussi bien du côté des rédactions que des internautes. Ce n’était pas sans créer des étonnements ou des incompréhensions.
Le médiateur s’est trouvé plus d’une fois saisi au sujet de commentaires jugés douteux ou franchement scandaleux. Ou, à l’inverse, interpellé par un internaute après la mise au panier de son texte, considéré par la rédaction comme impubliable.
Ces actes rédactionnels, prétendument laxistes ou censurants, étaient assortis parfois d’un soupçon: c’était à un parti pris éditorial non-dit qu’auraient été dues ces interventions. Ici, afin de soutenir des thèses xénophobes, voire racistes. Là, afin de les réduire au silence. Par exemple.
Il est toujours possible de discuter un argument, il est plus difficile d’éteindre un soupçon. Le médiateur s’y est employé pourtant, sachant bien qu’il pouvait exister des sensibilités diverses, aussi bien parmi les internautes qu’au sein des rédactions. Il n’a pas toujours convaincu, ni par ses chroniques, ni dans ses réponses individuelles.
Le recours à une société extérieure n’est pas une panacée absolue, et la société Netino s’en défend. Mais il permet au moins d’écarter ce soupçon récurrent d’une orientation délibérée des commentaires, donc d’une manipulation, de la part des rédactions des journaux.
Désormais, une charte détaillée précise les critères d’acceptation et de refus des commentaires. Elle établit un protocole de la modération. Cette charte est, sur le fond, conforme aux principales règles de droit en matière de diffamation, de calomnie, d’injure, jusqu’à filtrer la vulgarité. Elle traite des appels à la violence, des propos révisionnistes et racistes. Elle se préoccupe du respect de la vie privée et de l’ensemble des questions touchant aux mœurs, dont la pédophilie. Elle proscrit le prosélytisme religieux autant que les attaques contre les croyances.
Elle le fait dans le souci constant de s’en tenir à des principes fermes et objectifs. Donc applicables par tout modérateur, quelles que soient ses propres convictions. En même temps, elle reste ouverte aux nuances, afin de prendre en compte le contexte particulier de chaque message. Netino ménage aussi une voie de dialogue avec les utilisateurs.
Tout cela nécessite des réglages.  Une période d’essai de six mois est prévue, jusqu’à fin 2011. La société n’est pas sans références, puisqu’elle assure les mêmes services pour les sites de La Tribune (quotidien économique et financier français), du Nouvel Observateur et du Monde.
Qui redouterait une stérilisation des débats, une émasculation des propos n’a qu’à faire un tour sur les sites. Deux thèmes récents, choisis au hasard, apportent un éloquent démenti: un recours au Tribunal fédéral sur le CEVA (liaison Cornavin-Annemasse) sur le site de la Tribune de Genève; la présence de policiers armés dans les trains sur celui du Matin. La liberté d’expression n’est pas menacée!

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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Vos commentaires

Faire appel à un entreprise extérieure… Hum… Bon, pourquoi pas? Le tout est qu’elle n’ait aucun lien avec les renseignements généraux… Oui, nous sommes tous fichés d’une manière ou d’une autre.

Quant à la modération – oui, notamment sur des évènements historiques ou des millions de morts auraient souhaité de leur vivant, plus de respect. Ils se sont battus pour notre liberté et notre bien-être.

On ne falsifie pas l’histoire, elle nous permet d’évoluer.

Les mots et les images ne doivent pas devenir terroristes, il y en a assez comme cela.

J’approuve plutôt cette initiative.

« Désormais, une charte détaillée précise les critères d’acceptation et de refus des commentaires. Elle établit un protocole de la modération. Cette charte est, sur le fond, conforme aux principales règles de droit en matière de diffamation, de calomnie, d’injure, jusqu’à filtrer la vulgarité. Elle traite des appels à la violence, des propos révisionnistes et racistes. Elle se préoccupe du respect de la vie privée et de l’ensemble des questions touchant aux mœurs, dont la pédophilie. Elle proscrit le prosélytisme religieux autant que les attaques contre les croyances. »

Tout un programme!

Mais toute cette belle liste de contraintes sera-t-elle interprétée selon le droit suisse ou le droit français? Il y a une sacrée différence! Pensons à un certain Eric Zemmour, dont les propos, qui n’auraient provoqué qu’un haussement de sourcil en Romandie, ont en France valu à son auteur opprobre et licenciement.

En faisant appel à une société française, je crains que les notions présidant à la modération ne soient limitée à leur interprétation en France – un pays parmi les plus touchés par le politiquement correct.

L’appel à une société extérieure permet de lever les soupçons d’impartialité pesant sur un modérateur affilié à Edipresse, c’est indéniable. Mais on remplace un arbitraire par un autre. Une modération faite en Suisse, par des professionnels au fait des débats agitant la Suisse romande, aurait-il été trop demander?

Je vous trouve bien optimiste…

Tout d’abord, vous persistez à considérer comme des soupçons infondés ou fantaisistes des critiques qui avaient été émises contre la gestion des commentaires, en particulier sur le site du Matin. Je vous rappelle, car vous le savez pertinemment, que j’avais démontré sur mon blog « Piques et répliques » à quel point la modération était incohérente. J’avais notamment signalé, jusque sur l’antenne de la RSR, que le site contenait des appels à la violence et même au meurtre ! Ensuite, à plusieurs reprises, j’avais montré que des commentaires simplement critiques à l’égard des articles étaient purement et simplement effacés. Il ne s’agit pas là de fantasmes mais de réalités observées et dûment rapportées.

La sous-traitance comme solution miracle… voire. J’ai fait personnellement l’expérience (récemment… soit depuis le 1er juillet) de commentaires effacés simplement parce qu’ils semblaient déplaire. Mes commentaires n’étaient ni agressifs, ni insultants, ni hors-sujet, ni contraire à la loi. Il était difficile s’imaginer que la modération avait changé tant elle semble aussi erratique et arbitraire qu’auparavant.

Je suis en ce qui me concerne convaincu que l’arbitraire règne toujours. Je vais d’ailleurs en faire la démonstration, tout simplement.