Vie privée, vie publique: Place au Carnaval permanent!


Internet. Pendant longtemps, les médias ont opéré avec un bon compas. Depuis qu’est définie une vie privée et admise la protection qu’en attend chaque individu, les limites entre privé et public se sont précisées et affinées. Les journalistes se sont donc reposés sur les définitions généralement admises par la jurisprudence.
Cela ne signifie pas qu’ils les aient toujours parfaitement respectées, ni que ces domaines n’aient eu des contours variables selon les individus. Il reste que la distinction entre trois sphères appartenant à la personnalité de chacun a été longtemps tenue pour une référence sûre: intime, privée, publique.
La sphère intime reste secrète. Elle se rapporte aux «faits et gestes qui doivent être soustraits à la connaissance d’autrui, à l’exception des personnes auxquelles ces faits ont été spécialement confiés». Elle est en principe protégée par une cloison étanche.
La sphère privée englobe «les événements que chacun veut partager avec un nombre restreint d’autres personnes auxquelles il est attaché par des liens relativement étroits, comme ses proches, ses amis ou ses connaissances». Ces faits ne sont pas secrets, puisqu’ils sont perçus par un certain nombre de personnes. Ils ne sont cependant pas destinés à une communication à un large public.
La sphère publique, enfin, concerne des faits qui «peuvent être non seulement connus de chacun, mais aussi, en règle générale, divulgués sans autorisation».
Que se passe-t-il sur la Toile? Sur les réseaux sociaux, Facebook par exemple, l’ouverture d’un profil sert d’appel à un rassemblement d’«amis». Le cercle est souvent large et le contour en reste flou. En dépit d’instruments de verrouillage protégeant le caractère privé de certaines communications, aucun doute: les fuites et les effractions sont courantes.
Pire encore. Sur des sites d’échanges, il n’est pas rare que des éléments de la sphère intime soient mis en ligne et portés à la connaissance d’inconnus, confidences, photographies ou autres.
Souvent bradées sur la Toile, les sphères intime et privée perdent de leur vertu protectrice. Les médias ne savent plus guère comment les considérer.
Le plus bizarre est que l’attachement de nos contemporains à la sphère privée se révèle farouche dans le domaine qui lui est le plus étranger: l’espace public. Sur la Toile, ce sont les lieux ouverts par les médias à des discussions sur des événements de l’actualité, sur des affaires d’intérêt général.
Alors, tout d’un coup, le privé revient en force. Aussitôt que l’envie de s’exposer et de s’exprimer nous prend, à bon ou mauvais escient, la priorité est de nous cacher sous un pseudonyme. Que surtout, dans cet espace de partage de tous avec tous, personne ne nous connaisse et reconnaisse! La vie privée est sacrée. A nous les masques! Et sans chercher à rallumer ici la dispute sur le pseudonyme – de grâce, non! – une question en ce début d’année: alors que le déshabillage se répand sur la Toile, le débat public serait-il désormais promis au Carnaval permanent?

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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Vous restez très conventionnel dans votre droit et votre rapport à la vie privée. C’est une vertu. Cependant, regardez et lisez la presse people. Que de révélations privées, que de shows publics des stars! Des unions, des séparations, des retrouvailles à la pelle, des divorces, des disputes d’argent, de garde des enfants, de tromperies, et j’en passe et des meilleurs. Les internautes lamda ne font que s’identifier à la liberté d’ouverture publique que les stars se permettent en nous abreuvant de leurs secrets pas du tout cachés, mais monnayés souvent à prix fort par une presse à sensations avide d’obtenir petites et grandes indiscrétions. C’est aussi cela le journalisme. Hélas. L’intimité des personnes, le sensationnalisme, les confessions publiques, et le jugement du public font partie de notre monde médiatique. Le bûcher des vanités est gigantesque, le carnaval permanent. Quant à celles et ceux qui utilisent leur vie comme base littéraire, ils s’exposent aussi au retour de flammes. Mais au moins tiendront-ils un discours qui permet à chacune et chacun de se questionner personnellement. C’est déjà ça. Et c’est beaucoup si le témoignage est sincère.