Brother Google et la mémoire de la Toile (II)


Ce n’est pas la première fois que la question est posée. Ni aux services juridiques d’Edipresse, ni à l’une des rédactions du groupe. Mais c’est la première fois qu’elle arrive sur le bureau du médiateur.
L’interpellation est plus délicate que la demande formulée du supprimer un commentaire sur un blog, traitée dans mon précédent billet. Elle n’est assortie d’aucune requête particulière, mais tient à la confidentialité. C’est pourquoi aucun détail ne sera donné ici, qui permettrait d’identifier son auteur.
Une personne occupe dans une administration publique de Suisse romande une fonction importante et visible. Elle démissionne. A la suite de fuites, la presse fait état de réactions et de jugements à son encontre. Sur le moment, celle-ci décide de ne pas riposter, afin de ne pas ajouter à la polémique. Sur la scène publique, le calme revient.
Or, les articles publiés continuent de figurer dans les archives du journal. Non seulement dans les collections sur papier, toujours consultables à son siège et dans les bibliothèques publiques. Mais aussi dans ses archives électroniques. «Si je mets mon nom sur Google, par exemple, ces articles apparaissent. Dans ma vie professionnelle, ce pourrait être un handicap, qui va alors me suivre», m’écrit cette personne. Celle-ci n’entreprend aucune démarche contre le journal concerné, mais me pose deux questions. Combien de temps les articles restent-ils visibles sur le Net? Existe-t-il un moyen de les faire enlever?
La durée des références sur la Toile est pour l’heure indéterminée. A la longue, les données les plus anciennes tendent à s’écraser, mais leur évolution reste aléatoire. Des débats sont ouverts, ces questions étant largement partagées. On envisage des mesures de prescription, en application du droit à l’oubli, ou encore de péremption – terme juridique qui autorise l’anéantissement d’actes d’une procédure lorsqu’un certain délai s’est écoulé sans qu’aucun acte nouveau n’ait été fait. Le vice-président de Google, Vint Cerf, travaille actuellement à l’élaboration d’un modèle de datation des données publiées sur l’Internet. On trouve une discussion à ce sujet sur le blog de Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’actuel gouvernement français.
D’un point de vue purement technique, il est certes possible à un journal de « purger » ses archives d’informations ou d’articles litigieux. Mais ce ne peut être qu’un ultime recours, lorsqu’une personne est décrite en des termes insupportables pour elle et sans aucun rapport avec son état présent et sa situation actuelle. Cela ne peut se faire sans une rigoureuse pesée des intérêts, voire sur l’ordre d’un tribunal.
La personne a droit à une protection, mais il en va aussi de la fiabilité d’un journal dans la durée. Quelle serait-elle si l’on s’apercevait que ses archives sont mitées par de trop nombreuses interventions, sous des motifs diversement fondés?
Toutes proportions gardées, ce serait comme récrire l’Histoire à la manière soviétique, quand n’étaient retenus que les faits et les personnages en accord avec le moment présent. La situation n’est donc pas inédite. Ce qui est nouveau n’est pas le caractère embarrassant de contenus anciens. C’est la facilité d’accès à ces mêmes contenus.
Il fallait passer autrefois des heures, des jours et parfois davantage à feuilleter les collections d’un journal pour exhumer un article. Hier encore, il était nécessaire d’obtenir l’autorisation d’accéder à ses archives électroniques et maîtriser le cheminement de la recherche, pas toujours simple. Aujourd’hui, quelques mots clés sur un moteur de recherche suffisent. Les individus ont des raisons de s’inquiéter d’une transparence qui risque de les poursuivre leur vie durant.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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