Brother Google et la mémoire de la Toile (I)


Un internaute s’exprime, voilà plusieurs mois, sur la venue de Dieudonné à Genève. Il s’agit d’un commentaire mis en ligne sur l’un des blogs de la plate-forme Tribune de Genève. Il s’oppose à l’accueil du personnage. Il le fait à visage découvert, signant de son prénom et de son nom. Sa prise de position lui vaut aussitôt des réactions hostiles et anonymes.
Sur le moment, ça passe. Il se trouve que ça dure. «Aujourd’hui, m’écrit cet internaute, quand on tape mon nom dans Google, on tombe très vite là-dessus». Je vérifie, c’est exact. La discussion autour de Dieudonné arrive en troisième référence du moteur de recherche. Mon correspondant demande donc le retrait de son commentaire
Le médiateur mesure les désagréments, mais il se trouve en principe hors-jeu. Les blogs ne sont pas son affaire. Pour un plaignant, la voie la plus directe est de s’adresser au blogueur. Celui-ci se trouve en première ligne lorsqu’il s’agit de modérer des commentaires, de les accepter, de les refuser, de les modifier.
Faute de parvenir à le joindre, pour une raison ou une autre, le plaignant doit passer par l’hébergeur et son contact: le responsable de la plate-forme des blogs, soit Jean-François Mabut pour la Tribune de Genève. C’est à ce dernier qu’il incombe alors de joindre le titulaire du blog, afin d’examiner le bien-fondé de la demande.
En l’occurrence, le plaignant commence bien par s’adresser à l’hébergeur, mais il ne reçoit pas de réponse satisfaisante dans les délais attendus. Il recourt donc au médiateur, qui reprend la procédure à son compte et intervient auprès du responsable de la plate-forme des blogs. Celui-ci assure le relai et se tourne vers l’auteur du billet à l’origine de la controverse. La demande de l’internaute est acceptée. Son commentaire est supprimé, la mention de ses prénom et nom dans d’autres commentaires est remplacée par des initiales.
Tout ça a l’air très simple. Ça ne l’est pas. Derrière une telle demande d’intervention se profilent plusieurs questions: l’indélébilité des «traces» électroniques, l’efficacité des moteurs de recherche, le droit de chacun à l’oubli. Sans parler de l’encouragement implicite à recourir à un usage discutable de l’anonymat …
Enlever après coup un commentaire, c’est aussi priver dans certains cas la discussion de sa dynamique, en casser le ressort, aliéner d’autres intervenants en les amenant à s’exprimer «dans le vide». Pour s’y résoudre, il faut de bonnes raisons. La vulnérabilité d’un commentateur qui a révélé sa véritable identité face à des attaques anonymes peut tenir alors lieu d’argument.
Moralité: la Toile encourage l’expression spontanée; mais il vaut mieux y réfléchir à deux fois. Cette immédiateté-là n’est pas fugace, elle reste dans la mémoire de la machine et l’effacer ne va pas de soi.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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Effectivement, le web nous confronte à nos paroles et nos images qui restent graver dans la mémoire collective internautique. Comme le bon grain de l’ivraie n’est pas séparé, recyclé, puis blanchi, l’ivraie pèse de tout son poids comme une tâche de vin rouge ou d’huile sur une chemise blanche.

Notre identité individuelle n’étant pas construite que sur des actes héroïques ou de grande beauté, il devrait être compréhensible d’excuser certaines grossièretés ou vilénies de commentaires abusifs du moment qu’un mea culpa de l’auteur est demandé.

L’anonymat empêche ce travail salutaire et de salubrité publique. Certains internautes se déchaînent et lâchent leurs chiens sur la biche. Parfois ils s’en prennent aussi aux lions ou aux gorilles. Les morsures sont alors bien faiblardes. Mais le mieux seraient qu’ils comprennent qu’en face d’eux, ils n’ont pas une cible sur laquelle ils tirent joyeusement mais un être humain qui cherche à échanger des idées, des philosophies, des moments de plaisir.

Pour cela, il faudrait peut-être que l’école et les parents enseignent une nouvelle éducation à nos enfants.

Excellente analyse et salutaire mise en garde. Sur Internet, plus encore que dans la « vraie » vie, les écrits restent. Cela ne devrait empêcher personne de donner son avis de manière responsable. C’est a dire a visage découvert, avec son nom, comme pour ce commentaire. Quand apprendra-t-on aux enfants et a leurs parents qu’Internet a aussi son éthique ?