Sur Facebook, des journalistes sont de vos amis!


Un journaliste peut-il s’autoriser à se ménager sur Facebook un accès à la page personnelle d’un homme ou d’une femme politique, ou de toute autre personnalité publique, quitte à se ranger au nombre de ses «amis»?
La question m’est posée par Jean-François Mabut, grand maître de la plate-forme des blogs sur le site de la Tribune de Genève, par ailleurs observateur actif de la politique genevoise et des débats laborieux de l’Assemblée constituante.
Dans sa recherche d’informations, le journaliste se doit d’être partout, sur tous les terrains, réels ou virtuels. Personne ne s’étonne de voir tel ou tel représentant d’une rédaction à une assemblée de parti politique, à une réunion de la Chambre de commerce, à la conférence de presse d’une association. Personne n’en déduit qu’il partage nécessairement les idées de l’un, les projets de l’autre ou encore les objectifs de la troisième. Ce qu’on lui demande, c’est d’accomplir son travail d’information en laissant entre parenthèses ses propres opinions ou sympathies. C’est de faire preuve de distance.
Alors, pourquoi pas sur Facebook? Voilà un réseau social qui vient d’accéder au rang de « troisième Etat » de la planète, avec plus de 500 millions de membres actifs. Sa diffusion est mondiale. Sa présence est aussi bien locale.
Plusieurs personnalités politiques de nos régions y ont ouvert une page personnelle. Elles s’y expriment. Leurs interventions peuvent présenter dans certains cas un intérêt pour le public, et non seulement pour leur cercle d’amis.
Voilà! C’est précisément ce mot, «ami», qui est comme un caillou dans la chaussure. Pour prendre connaissance des informations et des opinions de l’hôte d’une page personnelle sur Facebook, il faut satisfaire trois conditions: s’enregistrer soi-même sur le réseau (tout le monde ne le souhaite pas), solliciter le statut d’ami de cette personne et se trouver accepté comme tel.
Comment donc la distance journalistique se marque-t-elle dans ce cas? La qualité d’ami ne crée-t-elle pas une ambiguïté, une proximité douteuse avec le maître de la maison virtuelle, capable d’influencer tout ce que le journaliste pourrait en dire ou en écrire par ailleurs?
A cela s’ajoute la nature incertaine des contenus mêmes d’une page personnelle. Sont-ils réservés strictement au cercle privé des amis ou peuvent-ils se répercuter sur la Toile ou ailleurs?
Un journaliste ne peut négliger ni l’une ni l’autre de ces questions.
Les effets indésirables de la proximité formelle pourraient, à première vue, s’annuler de deux manières. Par des inscriptions comme «ami» sur les pages de plusieurs personnalités politiques d’orientations diverses; par l’affirmation d’une capacité critique à propos des uns et des autres.
De fait, la question ne s’en trouve pas définitivement résolue pour autant: un journaliste papillonnant pourrait se voir refuser le statut d’ami par l’une ou l’autre de ces personnalités; un journaliste trop critique pourrait s’en voir privé.
Quant au contenu, il paraît évident que tout journaliste devrait s’assurer de son caractère public éventuel, directement auprès de la personne concernée, avant de l’exploiter et le diffuser.
Les temps électroniques modifient les pratiques et les procédures de l’information. Ils les complexifient. Ils n’en changent pas l’esprit. Une page sur Facebook intéressante est aussi une source. Pourquoi un journaliste s’en refuserait-il l’accès? Comme n’importe quel informateur, elle a quelque chose à lui dire. Mais il se doit alors de l’éprouver selon les critères habituels d’intérêt public, de recherche de la vérité, de respect de la vie privée, de protection des personnes.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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Vos commentaires

Excellent commentaire, qui pose avec perspicacité de bonnes questions.