Trop de pub pour les avocats?


Un lecteur de Crans-près-Céligny s’étonne des pratiques de la Tribune de Genève, qui ne cesse d’offrir aux avocats une publicité gratuite. Il ne se passe pratiquement pas une semaine, écrit-il, sans qu’une affaire judiciaire ne soit évoquée et que le nom d’un avocat ne soit mentionné dans ses colonnes, assorti de sa photographie. Il y voit une «contradiction flagrante» avec la déontologie des gens de robe.

L’attention portée par la Tribune de Genève aux activités de la justice est remarquable par son ampleur et sa constance. Le journal accorde-t-il aux avocats une publicité indue ou abusive? La question conduit à quelques distinctions.

Il y a en effet publicité et publicité. Au sens le plus courant tout d’abord, celle que le correspondant du médiateur ne vise pas: les annonces publicitaires payantes, insérées dans les pages du journal. Selon l’Ordre des avocats, les seules réclames admises sont celles qui permettent à un avocat d’annoncer l’ouverture de son étude, son association avec un ou des confrères ou la création d’une nouvelle association. Les messages n’ont qu’un caractère informatif.

Une autre forme de publicité existe sous forme rédactionnelle. Elle est indirecte. Ce sont les citations, avec ou sans photographie, à propos d’une affaire d’actualité. Une interview parfois si la cause est d’importance. Le correspondant du médiateur vise cette publicité-là. Se situe-t-elle en contradiction avec les usages déontologiques de la profession? Elle n’est ni nouvelle ni plus développée qu’autrefois, répond le Bâtonnier Vincent Spira, qui garde le souvenir de la chronique judiciaire d’Anne-Marie Burger, dans La Suisse.

Une nuance cependant. Le traitement iconographique de l’actualité adopté depuis quelques années par la Tribune de Genève privilégie les acteurs. Les pages sont ainsi émaillées de portraits sous forme de vignettes, intitulées selon les sujets et les besoins «L’architecte», «L’entraîneur», «Le président»… Et donc aussi «L’avocat». Par l’attention portée aux affaires judiciaires, cette dernière référence est fréquente.

Il arrive aussi que des avocats soient questionnés par les médias à propos de situations ou de cas précis, dans lesquels leur expertise est reconnue. Certains d’entre eux tiennent même des chroniques régulières spécialisées. Est-ce une manière de se faire valoir? Ce n’est pas exclu. Il semble cependant que l’expertise précède la notoriété. Un éventuel client choisira un avocat pour d’autres raisons que sa seule signature dans le journal.

Reste une dernière forme de publicité médiatique. Celle qui est réservée aux avocats les plus connus, les ténors du Barreau genevois, par l’octroi de chroniques personnelles dans des journaux ou magazines, par l’offre d’une participation à des émissions de radio et de télévision, parfois même à leur production. Dans ce domaine, les usages ont en effet évolué.

Il y a quinze ou vingt ans encore, un avocat sollicité pour de telles prestations se devait d’obtenir une autorisation du Bâtonnier. L’Ordre se montrait vigilant sur tout ce qui pourrait attenter à la dignité de la profession. L’interprétation de la règle s’est aujourd’hui infléchie. Ces ténors-là auraient-ils vraiment besoin de publicité? La liberté d’expression l’emporte. L’un en use avec brio. L’autre se paie de mots. Un autre encore dorlote son ego. Après tout, c’est leur histoire.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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