Proche-Orient: un manque d’objectivité?


Un lecteur de Lausanne s’émeut du traitement de l’actualité au Proche-Orient dans Le Matin. Il n’est pas le premier à s’en ouvrir au médiateur. Non pas à propos du Matin en particulier, mais de l’ensemble des médias de Suisse romande. Le conflit israélo-palestinien ne cesse de susciter des réactions sur son traitement médiatique.
Ainsi que le signale d’emblée ce lecteur, c’est l’objectivité journalistique qui est en question. La démarche est intéressante dans la mesure où l’auteur de l’interpellation ne se déclare pas «partisan d’un camp en particulier» – ce qui est plutôt rare. Il s’inquiète de l’insertion éventuelle dans un article d’information d’éléments de propagande, qui pourraient contribuer à manipuler le lectorat. Il soupçonne Le Matin de faire «acte systématiquement de parti pris pour la cause palestinienne, générant de ce fait un filtre et donc une désinformation».
Sur le fond, et en général, il n’a pas tort de faire preuve de vigilance. Les exemples sont nombreux de termes, de verbes ou d’adverbes capables d’induire, sans avoir l’air d’y toucher, une orientation de la lecture. Le langage imagé produit du sens qui déborde souvent la seule séduction de la formule.
Il est évident aussi que la présence de certains détails dans une information ou, au contraire, leur omission peuvent en modifier la compréhension.
La difficulté est que tous les partis d’écriture ne sont pas nécessairement intentionnels: ils peuvent être compris autrement qu’ils ont été pris. Dans une information, elle est aussi que le nombre des éléments retenus et leurs éventuels développements ne sont pas seulement le produit de décisions liées à leur contenu. Ils peuvent dépendre de l’espace disponible, de l’heure d’arrivée de la nouvelle, de la ligne générale du journal, selon qu’il tend à privilégier le texte ou l’illustration.
L’interpellation du lecteur est fondée sur la nouvelle de la mort de quatre colons israéliens, causée par un attentat et publiée par Le Matin du 1er septembre. Le texte ne précise pas, s’étonne-t-il, qu’il s’agissait d’un couple âgé et d’un autre, jeune, dont la femme attendait un enfant. L’attentat s’est produit à la veille de l’ouverture à Washington de pourparlers entre Benjamin Netanyahou et Mahmoud Abbas. La connaissance de la condition des victimes en alourdit le sens.
Dans ma réponse directe à ce lecteur, je fais valoir deux raisons qui me paraissent s’opposer à une incrimination du journal en cette occurrence. J’en reproduis ici l’essentiel.
En premier lieu, il s’agit d’une nouvelle brève, dont l’usage est fréquent dans Le Matin, en conformité avec sa ligne éditoriale. Un tel texte est tiré de dépêches d’agence et vise à donner en quelques lignes l’essentiel de la nouvelle.
On peut naturellement discuter la question de savoir si l’essentiel devait comporter sur les victimes d’autres détails que leur nombre et leur nationalité. J’observe cependant que les deux autres quotidiens appartenant au groupe Edipresse, soit 24 Heures et la Tribune de Genève, ne mentionnent pas non plus la qualité des victimes. A ma connaissance, seul Le Temps, qui publie une nouvelle plus longue et plus détaillée sur cet attentat, signale ces éléments.
En second lieu, un parti pris systématique du Matin en faveur de la cause palestinienne, tel que le dénonce le lecteur, serait peu compatible avec le traitement réservé dans l’édition du 2 septembre aux obsèques des victimes. Le journal publie ce jour-là une photographie de grand format restituant la douleur des familles et des proches. Une rédaction qui aurait pris fait et cause pour les Palestiniens aurait fait l’impasse sur une telle image, à forte charge émotionnelle. Quant à 24 Heures et à la Tribune de Genève, ces deux journaux ont publié ce même jour une interview d’un représentant des colons, mettant en relation l’attentat avec l’ouverture imminente de pourparlers de paix.
Le traitement journalistique de la situation au Proche-Orient reste en tout temps extrêmement délicat. La question laisse peu de lecteurs indifférents, pour des raisons culturelles, politiques et historiques. La sensibilité de chacun est parfaitement respectable. Je ne doute pas que tout lecteur puisse trouver périodiquement des raisons de s’émouvoir à la lecture de la presse (et non seulement du Matin). Puisqu’on en appelle à l’objectivité journalistique, il me semble cependant que l’effort des professionnels pour en satisfaire les exigences est plus grand et plus constant qu’on le prétend souvent dans le public.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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