Mme Bettencourt et les enregistrements pirates


«Que dit le médiateur de la publication ce matin dans la Tribune d’un extrait des conversations de Mme Bettencourt et de son gérant de fortune enregistrées à leur insu par le majordome, enregistrements qui font l’objet d’une plainte en France?» 

La question est déposée sur ma messagerie alors que je suis en vacances. Je ne m’en saisi qu’aujourd’hui. Elle est venue d’un collaborateur du journal et non d’un lecteur. Faut-il s’en étonner? Dans le public, plus rien ne semble surprendre. Tout se passe comme si les lecteurs étaient prêts à tout. Trois semaines plus tard, les choses ont décanté.

Mme Bettencourt et son gestionnaire de fortune avaient demandé en juin le retrait des enregistrements pirates réalisés au domicile de la milliardaire. De larges extraits avaient été alors publiés par le site Mediapart du journaliste Edwy Plenel et par l’hebdomadaire Le Point. Le tribunal de grande instance de Paris a rejeté leur demande le 1er juillet. Il a estimé que ces documents contenaient «des informations légitimes et intéressant l’intérêt général».

A ce stade, il n’était donc pas scandaleux que la Tribune publie un très bref extrait de ces enregistrements, qui portait sur un angle genevois de l’affaire: des dépôts en Suisse et le rôle d’un avocat d’affaires de la place. La seule réserve pouvait alors se fonder sur l’existence d’un recours contre cette décision. Or les plaignants ont été déboutés le 23 juillet par la cour d’appel de Paris.

L’un des avocats de Mediapart et de ses journalistes a invoqué un argument en phase avec la première décision de la justice: «Une sélection a été réalisée par les journalistes pour ne retenir de ces écoutes que des passages ayant un but d’information légitime». Pour preuve, a-t-il ajouté, le débat public qui s’en est suivi, et qui n’est pas prêt de s’éteindre.

En Suisse, la déontologie professionnelle interdit le recours à des enregistrements pirates de sons et d’images. Elle admet cependant cette pratique «dans les cas où un intérêt public prépondérant justifie la publication ou la diffusion et pour autant que les éléments ainsi obtenus ne puissent pas l’être d’une autre manière». A cet égard, les enregistrements au domicile de l’héritière de l’Oréal constituent un cas d’école.

Les avocats de la milliardaire et de son gestionnaire de fortune ont tenté d’invoquer le respect de la vie privée. Il est certain que, dans leur globalité, les enregistrements pirates contiennent des éléments qui lui portent atteinte. Ce ne sont pas ceux qui ont été exploités, dans une affaire d’un intérêt public peu contestable. Et d’une portée peu banale sous l’aspect des pratiques journalistiques et médiatiques. J’aurai sans doute l’occasion d’y revenir.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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Bonjour, « En Suisse, la déontologie professionnelle interdit le recours à des enregistrements pirates de sons et d’images. Elle admet cependant cette pratique «dans les cas où un intérêt public prépondérant justifie la publication ou la diffusion et pour autant que les éléments ainsi obtenus ne puissent pas l’être d’une autre manière». A cet égard, les enregistrements au domicile de l’héritière de l’Oréal constituent un cas d’école. »

La publication des rapports militaires sur wikileak aussi donc. Et plus généralement des siffleurs (Whistleblower).

Mais il risque gros. A voir notamment ici http://www.crunchgear.com/2010/08/03/u-s-congressman-calls-for-execution-of-wikileaks-whistleblower/