L’information minute


La tendance est nouvelle. Elle s’appelle le live blogging. On pourrait la qualifier de récit en direct, désormais loisible sur l’Internet. Le blog « Chacaille », sur le site de 24 Heures, s’en est saisi à propos de l’affaire Légeret, qui vient d’être jugée à Lausanne. Il propose un excellent billet de Guillaume Henchoz, informé et réfléchi. Le médiateur ne peut qu’y renvoyer.
Le récit en direct pose à la presse écrite diverses questions. La première tient au savoir-faire. L’information immédiate n’est pas dans ses habitudes. Elle relève depuis des lustres du journalisme de radio et de télévision, qui a ses propres codes de reportage en direct. L’écriture est moins souple que la voix, elle se prête moins facilement aux inflexions, aux nuances, aux repentirs.
24 heures vient d’en faire l’expérience malheureuse avec la publication sur son site Internet d’une information prématurée concernant un débat du Grand Conseil sur les apprentis sans-papiers. L’article en ligne annonçait « Les députés giflent Lausanne ». Or le vote n’avait pas encore eu lieu et le parlement cantonal s’est finalement prononcé dans un sens contraire.
Le rédacteur en chef du journal a reconnu l’erreur et s’est excusé sans attendre. Le bureau du Grand Conseil a néanmoins déposé une plainte auprès du Conseil suisse de la presse, qui a décidé d’entrer en matière. Il sera intéressant de prendre connaissance de ses considérants, qui pourraient faire jurisprudence.
Une autre question tient à la spécificité même de l’information écrite. Est-elle compatible avec l’immédiateté? Les agences de presse ont depuis toujours l’habitude de travailler dans la rapidité, elles n’ont pas abandonné celle de travailler dans la sécurité : les dépêches, sauf accident, rapportent des informations recoupées et vérifiées. Cela prend du temps, quelques minutes au moins. C’est le seul moyen d’éviter ensuite un démenti, qui ne manquerait pas de faire peser sur l’ensemble du flux informatif un soupçon d’incertitude. L’information minute semble peu compatible avec cet usage.
Enfin, est-il bien certain qu’une information écrite en continu soit le service attendu par le public? Le récit est menacé en permanence de dilution, alors que l’information devrait tenir sous une forme aussi ramassée que possible, épargnant au lecteur perte de temps et effort de synthèse. Dans des temps anciens, la presse rendait comptes des matches de football en suivant fidèlement, et selon leur chronologie, les péripéties de la rencontre. Cela n’est plus le cas depuis longtemps. Elle en présente aujourd’hui un ou deux faits saillants, elle les soumet à un éclairage, elle les accompagne de réactions. Il semble que les lecteurs y trouvent leur compte, plutôt qu’à des récits qui reproduiraient sous forme écrite les épiques reportages radiophoniques du légendaire Squibbs.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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