Kadhafi: le silence du médiateur


Plusieurs correspondants se sont étonnés ces derniers mois du silence du médiateur au sujet de la publication par la Tribune de Genève de photographies d’Hannibal Kadhafi. Au cours des récentes étapes de la négociation en vue de la libération des deux ressortissants suisses retenus en Libye, cet étonnement a grandi au vu de l’importance attribuée à cette publication Il n’a pas cessé, alors que l’un des otages a été libéré. Quelques-uns ont suggéré que le journal présente des excuses.

Chacun de ces correspondants a reçu une réponse directe. Peu après la publication, le médiateur a consacré un billet aux incohérences de l’information sur l’ensemble de cette affaire et émis à cette occasion des doutes sur la nécessité de publier des photos peu flatteuses du fils du colonel Kadhafi. Il s’agissait d’une question de stratégie informative, plutôt que d’un enjeu déontologique fondamental. Les doutes portaient sur le choix de l’angle et sur la mise en scène, non sur le principe d’une publication: personnalité publique connue pour des exploits analogues, Hannibal Kadhafi s’exposait du fait de son arrestation à une divulgation médiatique de son identité et de son image.

Par la suite, la raison du silence public observé par le médiateur est simple. Avant de se saisir d’un cas, le médiateur s’assure qu’aucune procédure pénale ou civile impliquant le journal n’est ouverte ou imminente. Inscrite dans son cahier des charges, cette réserve est d’usage notamment lors d’une requête de droit de réponse. Elle l’est a fortiori dans la situation créée à Genève par les conséquences de l’arrestation d’Hannibal Kadhafi et par l’enquête en cours du Ministère public au sujet des fuites qui ont conduit à la publication des images.

Pourquoi une telle réserve ? Dès l’institution d’un poste de médiateur, l’intention de l’éditeur était d’offrir à tout lecteur la possibilité de s’adresser à une instance de recours, en cas d’insatisfaction provoquée par une réponse de la rédaction. Le médiateur est ainsi doté d’une compétence de conciliation et d’arbitrage. Il lui appartient de se prononcer de manière indépendante, mais en dehors de toute procédure judiciaire engagée ou prévisible. Il n’a pas pour vocation de servir de caution ou d’otage à l’une des parties en litige.

Pour en revenir aux photographies d’Hannibal Kadhafi, le rédacteur en chef de la Tribune de Genève vient de s’en expliquer en détail dans un entretien accordé au Temps (édition du 5 mars). Il n’a pas tort de considérer qu’elles apparaissent davantage « comme un prétexte utilisé dans le cadre d’une stratégie orchestrée que comme un élément décisif ». Cela ne signifie pas, puisqu’elle ne cesse de l’être, que l’opportunité de la publication elle-même ne soit tenue pour discutable.

Encore faut-il qu’elle le soit en connaissance de cause. Il s’agissait de deux photographies d’identité judiciaire, l’une de face, l’autre de profil. Et non, comme le soutient bizarrement un chroniqueur régulier du Temps (édition du 9 mars), d’une photographie d’Hannibal Kadhafi « menottes aux poignets ». Il y a là davantage qu’une nuance, si l’on se réfère au vif débat suscité en France par la loi Guigou sur le respect de la présomption d’innocence. Avant de faire de cette publication un cas d’école, il n’est pas interdit de s’assurer des faits.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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