Les Allemands mal aimés


Précipitez-vous! Le Temps publie dans son édition du 18 février une analyse du sociologue Kurt Imhof sur le climat hostile aux Allemands qui s’est répandu récemment en Suisse alémanique, en particulier à Zurich. Elle est exemplaire.

L’UDC zurichoise s’étant saisie de la question en décembre 2009, le premier réflexe du citoyen romand mal informé est de lui attribuer l’origine du malaise. Il n’en est rien. L’UDC ne fait que surfer sur la vague. Et la vague, ce sont les médias qui l’ont soulevée.

Le coup d’envoi a été donné dans le Blick, il y a tout juste trois ans, par la publication d’une série d’articles «Combien d’Allemands la Suisse peut-elle supporter?»  Cette série faisait fond sur des réactions éparses, enregistrées dans la presse au cours des mois précédents.

Imhof parle d’une bulle médiatique, qui se gonfle et se dégonfle périodiquement. Elle ne cesse de se nourrir elle-même. La plupart des grands médias alémaniques, presse écrite et télévision, apportent leur contribution à ce débat fortement vinaigré.

La présence d’Allemands en Suisse alémanique est croissante, en effet. Elle répond à des demandes du marché du travail en personnes qualifiées. Elle découle de conditions salariales plus attrayantes qu’en Allemagne, dans divers secteurs. Elle traduit aussi une aspiration des immigrés eux-mêmes à un environnement et un mode de vie jugés plus agréables.

Dans la rue, dans les commerces, sur les lieux de travail, cette présence est aussitôt perceptible par des différences d’idiome, de vocabulaire et d’accent. Parmi la population, encouragée par l’enflure médiatique, cela commence par étonner, puis cela agace et enfin cela exaspère. De vieux clichés ressurgissent. Les démêlés de la Suisse avec ses voisins au sujet de l’évasion fiscale et du secret bancaire n’arrangent rien, ni dans le cas précis les propos va-t-en-guerre de l’ancien ministre allemand Steinbrück.

Cela finit par donner naissance à un mythe, façonné par l’UDC: celui d’un «réseau» qui favoriserait les nominations de professeurs allemands à l’Université de Zurich et dans les hôpitaux. Quand une telle machine est lancée, plus rien ne l’arrête. Une protestation de plus de deux cents professeurs de l’Université et de l’Ecole polytechnique contre cette rhétorique «raciste et xénophobe» n’a guère eu d’effets.

Au total donc, un malaise récurrent et, en face, des médias qui ne font rien pour l’endiguer. En Suisse romande même, l’attention portée à ce phénomène manque le plus souvent de distance. C’est le discours dominant qui sert d’appât, et non ce qui pourrait le décortiquer.

Aucun média, dénonce Kurt Imhof, n’a thématisé l’inflexion majeure que subit aujourd’hui l’immigration en Suisse. Celle-ci concerne désormais non plus des travailleurs peu qualifiés, mais des personnes de mieux en mieux formées. Elle représente une concurrence vive pour la classe moyenne autochtone. La réponse à cette nouvelle donne ne se fondra pas sur des formules populistes ni sur les reportages en boucle dont les médias alémaniques font leurs choux gras.

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