Un grief imaginaire


Marges, le blog personnel ouvert sur la plate-forme de la Tribune de Genève, suscite un commentaire qui concerne en fait davantage cette Page du médiateur. Un sujet souvent évoqué, puisqu’il s’agit de la mention des identités dans des affaires judiciaires.

L’internaute, sous pseudonyme, s’étonne du retentissement donné par la Tribune de Genève à l’arrestation du cinéaste Roman Polanski, accompagné de la publication en clair son identité, alors que dans le même journal une information plus ancienne sur une affaire de mœurs, impliquant un avocat genevois, a vu le suspect bénéficier d’une protection sourcilleuse. Il y voit le signe d’une «manipulation médiatique».

Dans un premier temps, assure l’internaute, n’ont été publiées que les seules initiales du prénom et du nom de l’avocat, puis plus rien. D’où trois questions. Pourquoi une telle inégalité de traitement? Comment se fait-il que des initiales aient été publiées, alors que tout un chacun pouvait s’y référer pour identifier l’avocat (d’après l’internaute toujours, il serait le seul membre du Barreau genevois à les porter)? Enfin, quelles raisons ont conduit le journal à renoncer à cette précision après la parution de la première information?

La première question ne mérite guère de développement. La notoriété internationale du cinéaste, les circonstances de son arrestation et l’affaire elle-même sont telles qu’une large publicité était inévitable. N’en parler qu’à mots couverts aurait été même ridicule, alors que les agences de presse et médias de Suisse, d’Europe et des Etats-Unis, pour ne parler que d’eux, en faisaient grand cas. A l’opposé, l’affaire concernant l’avocat genevois impliquait des mineurs qui méritaient protection, la relative notoriété locale du suspect était sans rapport avec les actes qui lui étaient reprochés. Rien ne justifiait la publication de son identité complète.

Quant aux deux autres questions, elles ne paraissent pas recevables. Pour une raison simple : jusqu’à plus ample informé, elles ne reposent pas sur des faits établis. Le grief est imaginaire. Le journaliste qui a traité l’affaire en a conservé un dossier: un article du 18 juin 2007 annonce la poursuite d’un avocat genevois, sans la moindre précision quant à son identité; un article des 23-24 juin signale le dépôt d’une plainte dudit avocat, toujours non identifié, en raison des fuites dont il se dit victime; une information du 2 juillet porte sur son inculpation, sans autre identification que celle de « plaideur opiniâtre, parfois provocateur ». Rien, nulle part, qui ressemble à des initiales.

Aussitôt prié d’apporter des précisions, et après deux semaines, l’internaute ne s’est pas manifesté.

Cela étant, la publication d’initiales suffirait-elle à identifier un suspect? Ce n’est pas impossible. Il en va  de même d’autres éléments qu’il n’est pas toujours facile de taire selon la nature des faits rapportés (le lieu d’habitation, une fonction publique, une activité professionnelle, etc.). Tout un chacun qui souhaite mener sa petite enquête peut exploiter certains indices fournis par les journaux.

Les médias restent prudents dans la diffusion de ce genre de détails. Ils sont tenus, par leur déontologie aussi bien que par la jurisprudence du Tribunal fédéral, de respecter la présomption d’innocence et les dispositions légales sur la protection de la personnalité. Ils ne sont cependant pas en mesure d’assurer que l’exploitation de leurs informations sera exempte d’une curiosité malveillante et ne servira pas à nourrir des rumeurs, fondées ou non.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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