Haïti à la « Une »


Deux ou trois observations après le tremblement de terre d’Haïti.Par son ampleur, la catastrophe a causé aussitôt un immense chaos sur place. Dans les heures qui ont suivi, elle en a produit un autre dans l’organisation des secours, préparés à intervenir dans des conditions très variables de professionnalisme et d’efficacité. Elle a suscité de multiples appels à une générosité qui ne savait plus très bien auprès de qui se manifester. Le tremblement de terre a provoqué en outre un chaos initial dans l’information.

Cela se passe toujours ainsi. Les médias ne sont pas mieux préparés que d’autres à faire face à une catastrophe. Au moment du séisme, Port-au-Prince ne grouillait pas de correspondants d’agences de presse et d’envoyés permanents de chaînes de radio et de télévision. De plus, presque toutes les communications étaient coupées. Les familles d’Haïtiens vivant à l’étranger ne parvenaient pas à obtenir de leurs proches de réponses à leurs appels téléphoniques, à leurs SMS, à leurs courriels.

Les premières photographies de la tragédie ont donc été accompagnées d’articles périphériques: sur l’histoire et la situation de l’île, sur le déclenchement des séismes, sur l’organisation des secours, sur l’inquiétude des communautés haïtiennes à l’étranger.

Sur la catastrophe elle-même et ses conséquences, dans un premier temps, très peu d’informations. L’une, pourtant, n’a pas tardé, dont les médias se sont aussitôt emparés: le nombre de morts. Le premier ministre haïtien a lancé: plus de cent mille morts. Au fond, il n’en savait rien, et les médias étaient incapables de vérifier. L’information a aussitôt fait le tour de la planète. Comme si toute l’horreur de la situation tenait à un chiffre.

A distance, c’est aussi à chaque fois le même phénomène. La catastrophe submerge, elle réunit par l’action des médias une foule virtuelle et compassionnelle. Pendant quelques jours, cette foule se nourrit d’émotion. Elle ne comprendrait pas qu’on tente de l’en divertir. Plus rien d’autre ne compte, ni les urgences, ni les conflits. Puis les jours passent et l’émotion se tasse. D’édition en édition, le malheur lointain lasse. Le phénomène se lit sur les premières pages de 24 heures: «Le martyre d’Haïti» (14 janvier), «On ne va pas les laisser seuls» (15 janvier), «Haïti, le temps de la colère» (16 et 17 janvier), «Les récits terrifiants de la survie en Haïti» (18 janvier). Enfin, «Rougemont a frôlé le pire» (19 janvier). Une télécabine s’est détachée sur le tracé de la Videmanette, elle a fait une chute de 30 mètres, elle était inoccupée. Cela s’est passé à côté de chez vous. Retour à la normale. Le lendemain, en ouverture du journal, Claude Béglé claquait la porte de la Poste. En Haïti, on n’a pas fini de compter les morts. Il sera assez temps d’y revenir.

Les morts, en Haïti, ce sont des cadavres issus des décombres. Une mort à ciel ouvert. A la Tribune de Genève, un secrétaire de rédaction note en légende d’une photographie: «il faut (…) enterrer les cadavres au plus vite pour éviter les épidémies» (18 janvier). Réaction immédiate et personnelle d’une source proche du CICR: «S’il y a une rumeur qui agace les urgentistes, c’est celle des cadavres qui causeraient des épidémies». Les cadavres ne présentent en effet aucun risque pour la santé publique, sauf si la mort est due à une maladie infectieuse. Les craintes formées en 2004 lors du tsunami ne se sont pas avérées.

«Cette désinformation, ajoute la source, influence encore aujourd’hui les stratégies des ONG pas très professionnelles», même s’il est admis que l’on ne peut laisser dans de telles situations les corps se décomposer à l’air libre. En Haïti, la population est fragilisée par un système de santé défaillant, l’eau est contaminée, la couverture vaccinale contre la rougeole et le tétanos est très insuffisante, les structures sanitaires sont détruites. Le président de Médecins du monde, le docteur Olivier Bernard, ne cache pas que la situation comporte des risques (Le Monde, 19 janvier). Ce n’est pas une raison pour ajouter à la catastrophe par des prévisions catastrophistes sans fondement.

PS du 25 janvier. Deux semaines après le tremblement de terre, l’estimation du nombre de victimes par le premier ministre haïtien semble malheureusement conforme à la réalité.

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