Le rêve le plus fou


Le médiateur s’apprête à tourner la page de l’année 2009. Bref regard dans le rétroviseur.
Au cours des douze derniers mois, 35 billets (dont celui-ci) ont été publiés sur La page du médiateur. C’est davantage qu’au cours des années précédentes (28 billets en 2008, 33 en 2007). Cela représente une moyenne de trois billets par mois. Les deux tiers environ répondent à des questions ou interpellations de lecteurs.
Un tiers des billets relève de l’initiative du médiateur. Il s’agit principalement de commentaires sur les évolutions de la presse et du journalisme. Ou d’analyses comparées du traitement de mêmes événements, le plus souvent des faits divers, par les trois quotidiens d’Edipresse, Le Matin, 24 Heures et la Tribune de Genève (Le Matin bleu a été concerné dans un cas).
A côté de cette activité visible, le médiateur a répondu à près de quatre-vingts questions ou interpellations, parfois par téléphone ou par lettre, le plus souvent par courrier électronique. Au cours du premier semestre, un grand nombre de ces interventions a porté sur la gestion des sites Web des quotidiens, en particulier de celui du Matin. Les deux principales questions des internautes étaient, en substance, celles-ci:
1) pourquoi mon message n’a-t-il pas été retenu?
2) pourquoi le site accepte-t-il tant de commentaires abominables?
Le médiateur a pu compter sur la collaboration attentive et diligente des responsables des sites, car ses correspondants ne joignent quasiment jamais les messages litigieux à leur courrier.
Dans la totalité des cas, il s’est trouvé en accord avec les motifs de refus de textes, en délicatesse avec des dispositions pénales. La zone la plus sensible concerne les questions de discrimination et de racisme (art. 261 bis du Code pénal).
En revanche, certains messages publiés ont bénéficié d’une tolérance discutable. Pourquoi ? Les sites des journaux ont élaboré des chartes. Les divers modérateurs s’efforcent de les respecter, ou plutôt de les faire respecter. Mais leur sensibilité est variable et, selon les sujets, il se peut que l’un d’eux laisse passer un message que l’un de ses collègues aurait écarté. Il se trouve aussitôt des internautes pour le dénoncer comme inadmissible. Le soupçon est formé parfois d’un privilège accordé aux voix proches d’un populisme de droite. «On accepte de l’extrême-droite ce que l’on rejetterait de l’extrême-gauche», fait savoir un internaute critique.
La gestion de la «parole extérieure», celle du public, est plus délicate sur l’Internet que dans les journaux. Le traitement des lettres de lecteurs répond à des usages communs et admis par tous. Les lettres sont signées, l’échange est transparent. Sur l’Internet, le recours aux pseudonymes encourage les excès de langage et les insultes. C’est le chancre de la communication.
D’où vient cette propension de tant d’internautes à ne pouvoir exprimer leur pensée que sous forme injurieuse ou grossière, et sous le couvert de l’anonymat? Le médiateur avoue son incompréhension face à ce mode de discussion fondé sur l’invective. Il reconnaît son incapacité à en modifier le cours. Sinon par la mobilisation en dernier recours d’une très désagréable censure, qui est un aveu d’impuissance.
Des situations particulièrement délicates peuvent conduire quelqu’un à requérir l’anonymat, dans les colonnes des journaux aussi bien que sur la Toile. Tout journal peut le comprendre et l’admettre, y compris le médiateur. Mais ces situations sont exceptionnelles. Elles requièrent des explications de la part de l’informateur ou du témoin. Elles en justifient aussi de la part du journal envers les lecteurs. Les sites Web et leurs internautes échappent à ces usages. Tout repose sur la sagacité des modérateurs.
Le vœu du médiateur pour 2010: que les internautes acceptent de signer leurs commentaires de leur véritable nom. Ou qu’ils donnent au moins une adresse électronique correcte, qui permette d’entrer en dialogue. Le changement de millésime est le moment des rêves les plus fous.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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