Une plainte sur de mauvaises voies


Il est grisant souvent, agréable parfois de tenir les rênes d’un gouvernement, fût-il cantonal et donc collégial. Mais il arrive aussi que cela cause des désagréments, des agacements, des vexations. Certaines personnalités politiques ont l’épiderme plus sensible que d’autres.
Le médiateur écoute la radio romande. Il entend le mois dernier un conseiller d’Etat vaudois annoncer à grand fracas le dépôt d’une plainte au Conseil suisse de la presse contre 24 heures. Dans le collimateur: une coupure opérée par la rédaction dans une lettre du syndic de Prilly, publiée dans le courrier des lecteurs.
Le syndic rétorquait à un article du journal dénonçant un retard dans la construction d’une nouvelle halte ferroviaire. Il défendait le projet et son calendrier, nullement soumis selon ses dires à un ajournement de la mise en exploitation.
La coupure déplaît au conseiller d’Etat, d’autant plus vivement que le journaliste en cause ne le ménage pas dans un article ultérieur, sur l’avenir de la gare de Lausanne. Sa plainte porte sur une violation de la disposition de la Déclaration des devoirs et des droits enjoignant les journalistes à «ne pas supprimer des informations ou des éléments d’information essentiels».
Où donc se situe-t-elle, cette violation? Le syndic de Prilly s’opposait frontalement aux propos tenus par l’auteur de l’article, cité nommément, et demandait que cessent des «affirmations totalement contre-productives» sur l’agglomération. Tout cela a été publié. La lettre a été privée d’une dénonciation plus insidieuse de «l’habituelle croisade» à laquelle se livrerait l’auteur de l’article contre le conseiller d’Etat en question.
Cette façon n’a pas convenu au rédacteur en chef du journal, qui a demandé au syndic d’y renoncer. D’où la disparition, dans le texte, de l’allusion à la croisade. Voilà donc l’objet de la plainte.
La démarche auprès du Conseil de la presse atteste une ignorance des usages journalistiques. Le nom du journaliste figure dans la lettre publiée. C’est déjà une concession à son signataire. Car il est fréquent que les rédactions s’abstiennent de mentionner dans le courrier des lecteurs l’identité de journalistes mis en cause. Deux raisons à cela : le journal assume les propos de l’ensemble de ses collaborateurs ; il peut être judicieux de mettre ceux-ci à l’abri de campagnes de dénigrement, qui feraient pression sur leur travail (inversement : d’épargner au journal des concerts d’éloges, qui l’embarrasseraient envers d’autres membres de la rédaction). L’expansion de l’Internet tend à rendre ces précautions obsolètes. Ce n’est pas une raison pour les négliger sur le papier.
Les rédactions se réservent par ailleurs la liberté de couper les messages adressés par les lecteurs. 24 heures le dit clairement: «Nos correspondants sont nos hôtes et s’expriment librement. Nous ne publions cependant que l’essentiel de chaque message». Dans ce cas, l’essentiel a été conservé.
Quant à savoir si l’allusion à «l’habituelle croisade» relève, au regard de la déontologie, «des informations ou des éléments d’information essentiels», il semble qu’elle appartienne plutôt au domaine de l’opinion.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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