Le brûlot de l’UDC


Les élections parlementaires genevoises n’ont pas éteint la polémique. L’annonce de l’Union démocratique du centre continue de voguer comme un brûlot sur les eaux du bout du lac. Elle a provoqué de nombreuses protestations. Le médiateur en a reçu son lot.
Les réactions portent sur la lettre et l’esprit de l’annonce. Elles critiquent en même temps, et non moins vivement, sa publication par la Tribune de Genève, le lundi précédant le scrutin.
L’annonce s’illustre par une sottise olympique en termes de communication. Elle ne s’en tient pas à un seul message, mais en rassemble trois: l’opposition au CEVA (la liaison ferroviaire projetée de la gare Cornavin à Annemasse), le lutte contre la criminalité et, sous-jacent, le rejet de la présence frontalière. L’amalgame est opéré par la phrase «Un nouveau moyen de communication pour la racaille d’Annemasse».
Son auteur comptait sans doute déborder sur la droite son principal concurrent du Mouvement citoyens genevois. A-t-il mesuré le caractère explosif de l’expression «la racaille d’Annemasse»? Peut-être l’a-t-il pensée en référence à des jeunes d’un quartier difficile de la ville voisine, qui «descendent» à Genève, et sous l’inspiration de l’ancien ministre de l’Intérieur Sarkozy. Ce serait déjà, pour le moins, hautement discutable. Mais ce n’est pas ainsi que de nombreux correspondants l’ont lue: ils y ont vu une généralisation insultante, frappant l’ensemble de la communauté frontalière.
«Semer la haine comme le font les UDC, écrit l’un d’eux, c’est à coups sûrs préparer des violences et détruire ce qui est au fondement même de la démocratie, à savoir le respect des différences.»
Quelle est la responsabilité de la Tribune de Genève dans la diffusion de ce message? Elle est totale, puisqu’un journal garde la liberté de refuser une annonce et que sa rédaction en chef a été alertée avant publication. Un éditorial l’a assumée dès le lendemain: si l’annonce a été publiée sous sa forme «brute» (sans modification ni édulcoration), c’est d’une part qu’elle ressortit à la liberté d’expression et d’autre part qu’elle dévoile aux yeux du citoyen le vrai visage de l’U.D.C. Une telle justification aurait encore gagné en pertinence si elle avait accompagné, et non suivi, la publication de l’annonce. Il faudra s’en souvenir.
Que cette «tolérance envers l’intolérance» n’ait pas convaincu chacun est une chose. Que le rejet de l’argument passe, comme dans de nombreux courriers, par le soupçon récurrent lancé contre la vénalité du journal en est une autre. Une annonce, «ça paie» en effet. Mais tenir ce motif pour décisif aux yeux d’un responsable de rédaction, c’est considérer un journal comme un ramassis de valets au service de mercantis.
La presse est loin d’être parfaite. Ce n’est pas nouveau. Il arrive souvent que les reproches à son sujet s’alignent sur les critiques formulées contre les hommes et les femmes politiques: tous vendus, tous pourris. Ce n’est pas très bon non plus pour la démocratie.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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