Poésie champêtre


Les lecteurs ne se prennent guère la tête par les grandes chaleurs estivales. Les internautes eux-mêmes semblent décrocher. Quelques-uns se querellent encore avec le site web du Matin au sujet de commentaires en ligne, publiés ou non. Trois fois rien. Le médiateur est peu sollicité. Lui reste la pêche aux perles.
Il s’en trouve dans les lettres de lecteurs, qui ne devraient pas échapper à la vigilance du rédacteur chargé du courrier. Comme cette toute dernière dans un message à la Tribune de Genève, dûment repérée, qui nous parle d’un honneur «bafouillé».
Il en subsiste évidemment dans les colonnes rédactionnelles, en dépit de l’attention exercée par les services de correction. Les journaux sont plus minces en été, mais les équipes sont réduites.
Le Matin rapporte ainsi les propos du nouvel entraîneur de Neuchâtel-Xamax: «Pour que la musique soit bonne, chaque joueur doit interpréter sa propre partition. Mon rôle est de donner les impulsions pour éviter la cacophonie. Tout le reste, c’est du pipo…»
Du pipo? Le Petit Robert, toujours serviable, nous apprend que « pipo » appartient à l’argot scolaire français. Le terme désignait autrefois l’Ecole polytechnique ; on «faisait pipo», on n’en jouait donc pas. Il s’est étendu au polytechnicien lui-même ou au candidat à cette grande école.
Tandis que le pipeau est une flûte champêtre. Il est utilisé pour charmer la bergère et pour attirer les oiseaux. Accessoirement, il renvoie par métaphore à un langage trompeur, berceur d’illusion.
Poésie estivale. Dans la Tribune de Genève, une présentatrice de télévision est incitée à se souvenir de ses quinze ans. Elle confesse à la journaliste chargée de dresser son portrait qu’elle a expérimenté alors des ouvrages qu’elle qualifie de «toxiques». Elle cite un livre «extrêmement destructeur», qu’elle n’a jamais osé relire. Le titre de l’ouvrage maudit est cité ainsi: Les champs de Maldoror.
La présentatrice portraiturée n’est évidemment pour rien dans le passage des Chants de Maldoror à un homonyme aux accents campagnards. Dans le meilleur des cas, la journaliste s’est laissé emporter par une suite d’associations: l’ouvrage du comte de Lautréamont (pseudonyme d’Isidore Ducasse) exprime la révolte de l’adolescence et la victoire de l’imaginaire sur la réalité; il a été considéré comme un livre précurseur par les surréalistes; André Breton, le «pape» du mouvement, est lui-même l’auteur avec Philippe Soupault d’un livre de poésie intitulé Les champs magnétiques.
Tous les contes ne font pas compte. Le médiateur est porté à l’indulgence. Il lui est arrivé un jour, agacé par l’attribution fautive et persistante à André Malraux d’une prophétie de bazar («Le 21ème siècle sera religieux ou il ne sera pas»), de prétendre enfin lui tordre le coup. Reportée dans un livre de chroniques paru il y a une douzaine d’années, la bévue lui rappelle cette Béatitudes apocryphe et vaudoise : heureux celui qui sait rire de lui-même, car il ne manquera jamais de sujets d’amusement.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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