Le dessin de presse au tribunal


Pourquoi des journaux recourent-ils à des dessinateurs de presse plutôt qu’à des photographes pour illustrer les audiences de tribunaux? Et quelle différence existe-t-il entre un portrait photographique et un croquis, souvent très ressemblant?
C’est bien évidemment le récent et retentissant procès, à Genève, de la meurtrière du banquier Edouard Stern qui suscite ces interrogations.
Les questions posées par ce lecteur, ancien journaliste lui-même, attestent une perplexité largement partagée dans le public.
En Suisse, les photographes sont ordinairement bannis des salles d’audience. La raison principale est la protection de la personnalité de l’accusé, mais aussi des autres protagonistes, les victimes et leur famille, les témoins. La protection de l’accusé est renforcée par le respect de la présomption d’innocence.
A cela s’ajoute une volonté du pouvoir judiciaire de préserver l’ordre et la sérénité des débats, qu’un tournoiement de photographes et de caméramans pourrait perturber. Cette pratique n’effraie pas sous d’autres latitudes, où certains procès sont transmis en direct par la télévision. Pour référence: le procès du footballeur américain O. J. Simpson, à Los Angeles en 1995, suivi par des millions de téléspectateurs.
A Genève, le Pouvoir judiciaire a émis sur le sujet une série de directives détaillées. Pour s’en tenir à l’essentiel, les prises de vue et les enregistrements à l’intérieur du Palais de justice sont soumis à des autorisations délivrées par les magistrats concernés, voire par le Procureur général. Ces mêmes prises de vue et enregistrements sont interdits pendant une audience.
Des images peuvent donc être prises sous autorisation avant ou après une audience; une journée spéciale a été ainsi organisée à l’intention des reporters photographes, avant l’ouverture du procès sur le meurtre du banquier Stern. Elles ne peuvent l’être pendant les débats judiciaires; au cours du même procès, l’interdiction concernait non seulement la salle du tribunal, mais l’enceinte du Palais de justice.
Mais alors, pourquoi les dessinateurs? Pas plus que les journalistes assis à leur tribune, les dessinateurs de presse ne s’exposent à déranger l’audience. La seconde des raisons apportées à l’interdiction des photographes perd ici sa pertinence. Il reste que la ressemblance des dessins risque de porter atteinte à la personnalité des personnes représentées. Il arrive que des avocats s’en inquiètent auprès de la presse: «Mon client sera sûrement reconnu dans son quartier!»
Une personne connue, avocat réputé, procureur général, sera aussitôt repérée dans la scène de tribunal proposée par le dessinateur de presse – et c’est plutôt rassurant quant à la sûreté de son trait.
Il est plus douteux qu’une personne non sujette à cette notoriété puisse être identifiée par la suite, comme personne réelle et par le seul souvenir d’un portrait dessiné paru dans le journal. Au moins, elle ne devrait pas l’être d’une manière aussi formelle et décisive que par un document photographique.
La limite est incertaine, il faut le reconnaître. Dans les salles d’audience, le dessin de presse est une manière de tourner l’interdiction de prendre des photographies ou des images filmées. Il est admis à Genève par le Pouvoir judiciaire. Du côté des journalistes, il demeure soumis aux normes déontologiques touchant à l’ensemble des données qui permettent d’identifier une personne impliquée dans une affaire de justice.
Ces règles sont restrictives, hors de situations dûment répertoriées dans lesquelles cette identification est admise, souvent rappelées sur La page du médiateur. Pour s’en tenir aux plus fréquentes: personne investie d’un mandat public ayant commis des actes incompatibles avec sa fonction, personne jouissant d’une notoriété en relation avec les actes qui lui sont reprochés, situation où s’impose un intérêt public prépondérant.
Au jour le jour, l’observation de ces critères ne va pas toujours de soi.

Ecrire au médiateur

Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

Ecrire au médiateur


Ecrire un commentaire

Dites-nous ce que vous pensez de ce billet. Ecrivez un commentaire!

Vos commentaires

Soyez le premier à écrire un commentaire!