Les lyncheurs masqués


«Ils la flinguent tous», titre Le Matin du 17 juin sur une possible candidature de Martine Brunschwig Graf à la succession de Pascal Couchepin. «Ils»: ce sont ses collègues du Parti libéral.
Réaction à double détente du libéral genevois Renaud Gautier. A propos de l’article en question, puis du débat ouvert par le quotidien à son sujet.
«Comment peut-on écrire un article, très objectivement à charge, en ne citant nominalement aucune des personnes qui émettent des jugements? Comment peut-on faire un article qui, à une seule petite exception, ne présente que des avis univoques?»
Sur le fond, la critique porte sur une pratique courante: les journaux exploitent trop souvent des déclarations anonymes pour démolir une personne publique, alors que les éloges sont couramment attribués à des sources identifiables. C’est là une manière discutable de se défausser sur la couardise citoyenne.
En l’occurrence, le journal fait cependant état de déclarations des radicaux Fulvio Pelli et Hugues Hiltpold. Explication de la rédactrice en chef Ariane Dayer:
 «Dès les premières heures de l’annonce du départ de Pascal Couchepin, une foule de politiciens ont commencé à répandre des malveillances sur Madame Brunschwig Graf. Avec une violence et une mauvaise foi dépassant la mesure, vu la carrure politique de la Genevoise et la solidité de son parcours. Il m’est apparu d’utilité publique de dénoncer ce lynchage et de souligner ce qu’il démontrait de la peur qu’elle inspire dans son propre camp politique. L’article critique clairement l’anonymat et la lâcheté de ces attaques.»
Quant au débat ouvert par Le Matin, Renaud Gautier déplore la présentation, dans l’édition du 18 juin, de «plus d’une vingtaine de commentaires en défaveur de Mme Brunschwig Graf pour un seul positif». Réponse d’Ariane Dayer:
« Le jour de la parution, certains proches de Mme Brunschwig-Graf ont voulu s’exprimer dans nos colonnes. Ce soir-là, dès que j’ai eu la lettre de réaction de Michel Halpérin, j’ai fait rouvrir la double page Courrier qui était bouclée pour publier cette lettre.»
La lettre du président du Parti libéral genevois occupe, en effet, l’entier de l’espace dévolu au courrier des lecteurs et côtoie la page où sont rassemblés les messages électroniques et SMS des participants au débat du jour.
La mauvaise humeur de mon correspondant est, de plus, alimentée par la suppression de ses propres commentaires sur le site en ligne du Matin. Censure d’une opinion à contre-courant? Le responsable du site, Luc Petitfrère, s’en défend. La question posée aux internautes, rappelle-t-il, était «Martine Brunschwig Graf, une bonne conseillère fédérale?» Or, dit-il, «notre modérateur a enlevé le premier message (de Renaud Gautier) car le débat dérapait, dans les commentaires qui ont suivi, sur Le Matin et non sur le sujet de l’article». Pour la même raison, le second n’est pas non plus resté en ligne.
Le débat démocratique est parfois pris dans de méchantes chicanes, sans qu’existe pour autant une volonté avérée de le dénaturer.

Ecrire au médiateur

Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

Ecrire au médiateur


Ecrire un commentaire

Dites-nous ce que vous pensez de ce billet. Ecrivez un commentaire!

Vos commentaires

Une fois de plus, on peut remarquer le manque total de sincérité dans la gestion des commentaires sur le site du Matin. Tous les commentaires qui dérangent les rédacteurs du journal sont supprimés arbitrairement, mais le journal continue à afficher une “apparente volonté de dialogue” avec ses lecteurs”.

C’est de la poudre aux yeux parfaitement malhonnête ! Et chaque fois, “Luc Petitfrère s’en défend”…