Le journal épinglé


Les journaux ne se privent pas d’émettre des jugements critiques sur des personnes ou des institutions. Il leur arrive aussi d’essuyer des désaveux. Cela se produit lorsque le Conseil de la presse estime que la déontologie professionnelle n’a pas été respectée. L’instance se prononce le plus souvent sur plainte. Il lui arrive d’intervenir de sa propre initiative, lorsqu’une pratique journalistique problématique tend à se généraliser.
Pas de sanction à la clé. Le Conseil de la presse n’en a pas la compétence. Il se contente de dire si la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes a été violée ou non, et sur quels points. Il ne blâme pas, il émet un avis. Ce n’est pas que les médias soient intouchables. Mais pour les sanctions et les réparations, les plaignants doivent se tourner vers les tribunaux.
La réprobation du Conseil de la presse prend la forme d’une prise de position circonstanciée, qui est accessible sur son site. Elle fait l’objet d’un communiqué, repris par l’Agence télégraphique suisse et donc largement diffusé auprès des rédactions. Formulé sur un ton mesuré, le désaveu est rarement cinglant.
Il est assez piquant de noter combien les médias, si souvent portés à l’inflation verbale (le rejet d’un recours devant le Tribunal fédéral devient, on l’a vu, une «fessée»!), se satisfont ici d’expressions lénifiantes. Ainsi, tel journal se fait «épingler», telle émission se fait «taper sur les doigts». Cela va rarement plus loin.
Or, un lecteur averti de la presse suisse s’étonne que le contenu du communiqué du Conseil de la presse soit si rarement repris dans les journaux. Cette reprise devrait être obligatoire, soutient-il, dans les médias directement concernés.
Depuis l’entrée des éditeurs et de représentants de la direction de la SSR au sein du Conseil de fondation du Conseil de la presse, le texte de la Déclaration des devoirs et des droits a été revu. Son préambule indique désormais qu’il incombe à tout journaliste de publier « à tout le moins un bref résumé des prises de position du Conseil de la presse qui concernent son propre média ». Il s’agit d’une affaire de loyauté, précise encore la Déclaration.
L’exigence n’est pas olympique. Elle ne prend pas la forme d’une obligation. En anglais, on écrirait qu’il s’agit de fair play. La rédaction se fait donc taper sur les doigts (ou épingler), elle le signale à son public.
Rapide sondage à propos d’une affaire récente, qui liait indûment une personnalité genevoise à la «guerre des chefs» de la police vaudoise. Trois quotidiens d’Edipresse étaient visés par la plainte. Ils ont tous les trois répercuté la prise de position du Conseil de la presse. Le Matin par une nouvelle brève, 24heures par un entrefilet, la Tribune de Genève par un petit article sur deux colonnes. Ce dernier journal était, il est vrai, le plus directement concerné, notamment par la formulation d’une affichette.
Les journaux qui ont accordé le plus de place à la prise de position du Conseil de la presse ont été La Liberté de Fribourg et Le Temps.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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