Droit de savoir: droit de tout voir?


Un drame se déroule lors de la Fête de la reine aux Pays-Bas, le dernier jour d’avril: une voiture folle fonce dans la foule pendant le défilé et cause la mort de plusieurs personnes. L’événement ne manque pas de générer d’innombrables images. Rien de plus facile aujourd’hui à un simple participant ou spectateur que de prendre des clichés, d’enregistrer des séquences et de les diffuser sur la Toile, en recourant à un appareil numérique ou à un téléphone portable.
Les rédactions des journaux quotidiens, les chaînes de télévision n’ont plus qu’à se servir. Quelles images? Quelles séquences vidéo?
Les sites de la Tribune de Genève et de 24heures retiennent ce 30 avril une photographie montrant le corps d’un homme en train de s’écraser sur l’asphalte au passage de la voiture. Ce même document sera repris dans les éditions papier du lendemain, mais présenté en plus grand format et selon un cadrage plus large. Le cliché montre un deuxième homme étendu sur le sol et atteste plus clairement l’ampleur du drame. 24heures publiera en sus trois autres photographies.
Le soir du drame, le site du Matin diffuse une image montrant des agents de sécurité penchés sur une personne à terre. De plus, il ménage un accès à une vidéo sur YouTube, qui permet de suivre la fin du parcours de la voiture, avant qu’elle ne s’écrase contre un monument. Des documents disponibles sur la Toile, celui-ci est l’un des plus sobres. Des liens permettent toutefois d’avoir accès à des séquences d’amateurs nettement plus violentes. Dans son édition papier du 1er mai, Le Matin présentera le même choix iconographique que 24heures, en renonçant toutefois à l’une des images.
De tels choix suscitent régulièrement des débats à l’intérieur des rédactions. Les médias sont-ils autorisés à tout dire, à tout montrer? Le public a le droit de savoir, ainsi le veut la mission d’information qui incombe aux médias. Mais ce droit est-il sans limites? Faut-il livrer les détails les plus sordides d’actes criminels ou de catastrophes, diffuser les images les plus crues?
La Déclaration des devoirs et des droits des journalistes définit une ligne: elle indique que les journalistes doivent proscrire toute présentation de caractère sensationnel qui dégraderait la personne humaine au rang d’objet. C’est, précise la charte déontologique, «le cas de mourants, de personnes souffrantes, de cadavres dont l’évocation par le texte ou la présentation par l’image dépasseraient, par les détails des descriptions, la durée ou la grosseur des plans, les limites de la nécessaire et légitime information du public». A mon avis, l’image principale reproduite par les trois quotidiens et diffusée sur les sites de 24heures et de la Tribune de Genève ne contrevient pas à cette disposition.
Le débat n’est pas clos: convient-il, par exemple, de mettre sur le même pied les images réalisées ou diffusées par les médias, donc sélectionnées par eux, celles auxquelles leurs sites donnent un accès direct, celles qui sont diffusées hors de tout circuit médiatique et se découvrent de proche en proche? La responsabilité journalistique n’y est pas engagée de la même manière. Celle des internautes non plus.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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