Des traces indélébiles sur le Net?


Pas de doute, l’Internet change la vie. Pas toujours en bien. Les hasards de l’existence font que vous êtes apparu un jour au détour d’un reportage. Vous êtes simple protagoniste ou témoin. Vous ne voyez aucun inconvénient à être nommé. Le reporter vous pose quelques questions et vous y répondez. Vous consentez à être pris en photo. Demain, on en parlera dans le quartier. Vous aurez, comme le promettait Andy Warhol, votre quart d’heure de célébrité.
Sauf que le quart d’heure peut durer une éternité. L’article est enregistré dans les archives électroniques du journal. Les archives sont accessibles aux moteurs de recherche. Il suffit de taper prénom et nom et vous réapparaissez. Dans six mois, dans un an, plus tard encore. Et alors? Votre vie peut avoir changé, vous pouvez avoir de bonnes raisons d’oublier cette période, aucune envie que des tiers, le quart d’heure étant passé depuis longtemps, en prennent connaissance.
C’est ce qui vient d’arriver à un Genevois. Alors étudiant, il habitait naguère le long des voies de chemin de fer, tout près de la gare Cornavin. Le reportage s’ouvrait par ces mots: La porte d’entrée de l’appartement (…) est un musée des horreurs du kitsch: un poisson et un cerf en caoutchouc souhaitent un «happy Chistmas» au visiteur. La sonnette ne fait pas «dring», mais elle produit un rire guttural.
Depuis lors, le musée des horreurs et son train commencent à bien faire. L’intéressé écrit fort poliment à la Tribune de Genève: L’autorisation m’avait été demandée de publier mon interview ainsi que mon identité dans un article papier, mais il n’avait jamais été question avec le journaliste qui est venu me voir de mettre ce contenu en ligne ni de l’y laisser de longues années. (…) La différence est de taille, dans la mesure où cet article, qui décrit de façon pittoresque des aspects de ma vie privée (ce à quoi j’avais donné mon accord), est accessible à n’importe quelle personne qui introduit mon nom dans un outil de recherche.
Il demande que l’article soit retiré.
Difficile d’accéder à une telle requête. La mesure serait disproportionnée. Mais la nature des archives, ou plutôt de leur accès, a changé. Autrefois (à peine plus de dix ans!), il était long et fastidieux d’opérer des recherches dans la collection d’un journal ou sur des microfilms. Il fallait un puissant motif, enquête historique par exemple, pour se lancer dans une telle entreprise. Aujourd’hui, quelques indications suffisent et la boîte de Pandore est ouverte.
La solution proposée a été de remplacer dans l’article archivé le prénom et le nom de l’étudiant par un prénom d’emprunt. Elle a été jugée satisfaisante par l’intéressé. L’est-elle en soi?
La question n’est pas simple. A répondre ainsi, de proche en proche, à des demandes fondées sur une protection de la vie privée ou un droit à l’oubli, ne s’engage-t-on pas dans un engrenage de minuscules manipulations qui risquent à la longue de priver les archives de leur raison d’être? Et n’est-ce pas par de tels procédés que très souvent se récrit l’histoire?
 

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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