Ouvert aux commentaires


Un père, une mère et leurs deux fils sont retrouvés tués par balle dans leur appartement familial de Carouge. Sur les lieux, une arme de poing. L’Agence télégraphique suisse diffuse une première dépêche, dans l’après-midi du vendredi 6 mars. L’information est aussitôt reprise sur le site de la Tribune de Genève. Elle est ouverte aux commentaires.
Le jour-même, plusieurs internautes témoignent de leur compassion et de leur incompréhension. L’un d’eux, qui dit connaître la famille en tant que voisin, prétend que le père était mis sous pression financière par des membres de l’église de scientologie. Cette assertion déclenchera une polémique.
Mais ce n’est pas ici le contenu des commentaires qui fait problème. C’est leur existence même. Plus exactement leur ouverture par la rédaction du site. Des élèves du Collège Nicolas-Bouvier s’en offusquent aussitôt. Le fils aîné était l’un de leurs camarades, en classe de maturité. Déjà bouleversés par la nouvelle, ils ne comprennent pas que le public soit invité à s’exprimer ainsi sur un drame, dont on ne connaît presque rien encore des causes ni des circonstances.
Là où s’imposerait le silence, faut-il encore sacrifier aux impératifs de la communication? «C’est affreux, on vous le dit, qu’en pensez-vous?»
Jusqu’à une période récente, toutes les informations diffusées sur le site de la Tribune de Genève étaient accessibles aux commentaires. Elles ne le sont plus aujourd’hui, à la suite d’une éruption d’hostilité envers les frontaliers. C’était lors de la campagne sur le vote des accords bilatéraux avec l’Union européenne, en février dernier. Du coup, le fait d’ouvrir ou non une information aux commentaires des internautes prend un sens.
Qui décide? Le rédacteur de service, parfois après discussion avec ses collègues. Selon quels critères? Il semble qu’aucune règle ne soit fermement établie, en dehors d’un principe de précaution concernant des sujets visiblement exposés à des débordements. De la même manière que la modération des commentaires atteste une rigueur variable, leur ouverture dépend de la sensibilité du rédacteur d’édition.
Les propos de café du Commerce ou de salon de coiffure sont imputables à leurs seuls auteurs. En accueillant des commentaires d’internautes, un site de journal ne peut manquer d’assumer sa propre part de responsabilité.
A priori, la nouvelle sur le drame de Carouge n’était pas propice aux excès de langage. Le principe de précaution ne s’imposait pas. Mais le respect de la personne humaine est l’un des trois piliers de l’éthique journalistique, avec la défense de la liberté de l’information et la recherche de la vérité. Sans doute aurait-il été possible d’invoquer ce jour-là un principe de décence.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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