Blogueurs sans frontières


Le Monde du 7 mars publie un intéressant article sur la frontière floue entre journalistes (en ligne ou non) et blogueurs. L’embarras naît d’une réalité nouvelle, qui tient aux relations entretenues avec les médias par les divers services de communication ou de relations publiques.
Des blogueurs ont pris résolument pied dans le domaine de la production de biens et de services, au point de passer pour de véritables et influents prescripteurs. Les spécialistes de la communication se demandent s’ils doivent les considérer comme des relais nécessaires, au même titre que les journalistes.
Les ignorer lors d’un lancement serait courir le risque de représailles sur la Toile – le «buzz» redouté qui peut compromettre le succès d’un film, l’audience d’un livre (sans parler de la réputation de son auteur), la portée d’une innovation…
Faut-il donc traiter les blogueurs «en vue» comme des journalistes ordinaires? Les inviter aux conférences de presse, leur envoyer des produits en service de presse (jeux vidéo, DVD, alimentation, décoration…), les inviter à des voyages ou visites d’entreprises?
La réponse ne va pas de soi. Les professionnels de la communication relèvent de grandes différences entre les blogueurs et les journalistes. Ainsi la présidente de l’Association des professionnels des relations de presse et de la communication, citée par Le Monde: «La difficulté, c’est que les règles ne sont pas les mêmes qu’avec les journalistes. Par exemple, nous ne sommes pas assurés d’obtenir un droit de réponse en cas d’erreur».
Ou encore ce représentant d’une agence spécialisée, assurant une veille sur la Toile pour le compte d’entreprises: «Ils [les blogueurs] ne respectent pas les trois piliers du métier que sont la distanciation, l’objectivation et le recoupement des sources. Ils sont dans une subjectivité totale par rapport à leur sujet. Ils vivent leur activité comme une passion. Ils se racontent».
On ne saurait s’opposer à cette belle défense et illustration du journalisme. Mais on ne peut s’empêcher d’observer que les gens du métier ne sont pas rares à slalomer dangereusement entre les trois piliers du savoir-faire professionnel. Et que d’autres, jusque dans les colonnes des journaux, se complaisent à tout propos à contempler leur nombril.
Dans sa réponse au Monde, le spécialiste relève encore que «lorsqu’un blogueur arrive à une conférence de presse, la première chose qu’il fait est de se prendre en photo ou de se faire photographier…» N’en rions pas! Certains Narcisse de la profession sont prêts à céder à la tentation.
Floue, à n’en pas douter, la frontière l’est de plus en plus! Dans les deux sens.

Ecrire au médiateur

Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

Ecrire au médiateur


Ecrire un commentaire

Dites-nous ce que vous pensez de ce billet. Ecrivez un commentaire!

Vos commentaires

Soyez le premier à écrire un commentaire!