Rachat d’Edipresse et qualité journalistique


La nouvelle retentit comme un coup de tonnerre. Dans un ciel tout sauf serein. Lourdement chargé au contraire, depuis plusieurs mois. La presse aux abois, elle l’est en Suisse comme ailleurs. L’annonce du rachat échelonné du groupe Edipresse par le groupe Tamedia surprend. Elle n’est pas une surprise.
Deux rumeurs couraient. La disparition annoncée de l’un des deux quotidiens gratuits présents sur le marché romand. Et l’intention prêtée à l’héritier Pierre Lamunière de «se dégager», sans préciser toutefois le calendrier, ni la nature, ni l’ampleur du retrait.
La vente d’Edipresse Suisse à Tamedia confirme la seconde de ces rumeurs. Elle s’effectue en faveur d’un groupe suisse – cela n’allait pas de soi. Elle crée les conditions de réalisation de la première: un quotidien gratuit unique est d’ores et déjà en préparation.
La Suisse romande s’illustrait encore, il y a peu, par un nombre élevé de journaux, par la fidélité de leur lectorat, par l’apport remarquable des annonces payantes. Il en était de même outre-Sarine. Cette situation faisait à l’époque de la Suisse une sorte de paradis éditorial.
Tout vole aujourd’hui en éclats. Les lecteurs se découvrent volatils. De nouveaux partenaires s’installent sur le marché de la communication. La publicité s’éparpille. La crise n’arrange rien.
Quelles peuvent être les incidences de ces grandes manœuvres sur la qualité du traitement journalistique et sur le respect de la déontologie professionnelle?
Le socle historique du groupe alémanique est le Tages-Anzeiger. Ce journal s’est illustré pendant plusieurs décennies par des enquêtes et des commentaires critiques et indépendants. Le groupe s’est doté voici dix ans d’un médiateur, exerçant pour les titres et médias qui lui sont directement rattachés (notamment la SonntagsZeitung). Le profil du Tages-Anzeiger s’est-il alangui au cours des dernières années au point que le journal ne serait plus que «l’ombre de ce qu’il a été»? L’observateur averti qu’est François Gross l’écrit dans Le Temps. En regard de l’évolution d’autres quotidiens suisses, l’ombre du «Tagi» conserve une appréciable densité.
Tamedia s’est récemment élargi au canton de Berne, où il compte deux titres de solide réputation, le Bund et la Berner Zeitung. Cette présence bernoise n’est pas négligeable dans les relations futures entre le pôle zurichois et le pôle lémanique du futur groupe. Berne est une charnière importante de la construction suisse. Depuis plus de vingt ans, la Berner Zeitung attribue chaque année un prix du journalisme local, non seulement à des professionnels de Suisse alémanique, mais aussi à des collaborateurs de journaux romands. Plusieurs journalistes de 24heures et de la Tribune de Genève en sont lauréats.
Un groupe de presse fort, occupant toute la longueur du plateau suisse et la plupart des régions urbaines, est sans doute tranquillisant pour les titres de sa constellation. Il est plus préoccupant pour d’autres, qui sont repoussés en marge.
Dans tout cela, c’est une vision citoyenne de la liberté de la presse qui est en jeu.
Un dernier signe, plutôt rassurant. Les mouvements dans la presse suisse s’opèrent entre des partenaires qui sont des groupes et des entreprises médiatiques. Et non comme en France des conglomérats incluant des sociétés financières ou industrielles. Sous ces conditions, l’indépendance des rédactions d’Edipresse n’est pas d’emblée mise en doute.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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