Quel avenir pour le journalisme?


Un journaliste, au fond, à quoi ça sert? La question était posée en des termes moins raides par les Assises du journalisme, tenues à Genève le mardi 3 février. La profession s’interrogeait sur la « valeur ajoutée » du journalisme.
Le thème est d’actualité. La multiplication des sources d’information hors des circuits médiatiques traditionnels, la sollicitation intense par les médias d’une participation du public via la communication électronique, la multiplication de messages ficelés par des communicants au service d’administrations ou d’entreprises, tout cela semble laisser hors jeu le journaliste d’information formaté à l’ancienne. Le journalisme en ligne est-il encore du journalisme?
Dans la masse des choses dites et non dites, quelques ombres et quelques lumières.
La Radio Suisse romande a ouvert sur son site internet une plate-forme destinée à recevoir des avis d’experts. Cela s’appelle WikiForum. A ce jour, les experts ne se bousculent pas. Explication d’un participant, professeur à l’Université de Sao Paulo: «Le temps des experts n’est pas le même que celui des journalistes». L’espace non plus.
Les commentaires des internautes, eux, prolifèrent. Selon le responsable des blogs de 24heures, Jean-Marc Sandoz, «l’opinion, on peut la chercher; l’information, c’est beaucoup plus difficile». Par manque d’incitation? Très peu d’informations diffusées par des internautes sont reprises dans les médias traditionnels.
Le nom de l’Américain Jay Rosen est attaché au public journalism ou journalisme citoyen, orienté à l’intensification de liens gagnant-gagnant entre les rédactions et leurs lecteurs. Rosen a qualifié le journaliste sur l’internet de «gestionnaire de plate-forme».  «C’est une tâche tout à fait honorable et beaucoup plus complexe que la simple production journalistique», assure Patrick Nussbaum, de la RSR.
Il faut s’y faire. Les habitudes changent. Tout ne serait au fond qu’affaire de culture et de temps. Le public va finir pas se familiariser avec ce nouveau mode de communication, prévoit le spécialiste Stéphane Koch.
Trois à quatre cent mille Romands regardent encore le journal télévisé « à la papa ». Il s’en trouve déjà une centaine de millier à prendre connaissance de ses informations par d’autres moyens comme le podcast ou le web. C’est Bernard Rappaz (TSR) qui le dit.
Les recettes publicitaires sur l’internet sont encore étiques? Mais elles augmentent, et l’audience aussi, assure Madeleine von Holzen (Edipresse). L’ogre guette pourtant: Google est en train d’avaler une partie importante du budget publicitaire en Suisse romande.
Mais les journalistes en ligne? Et leur valeur ajoutée? A entendre les participants aux Assises, leur champ de compétence ne se modifie guère. Les professionnels lâchent pourtant leurs privilèges de commentateurs patentés exclusifs. Ils ne sont plus les seuls témoins des événements. Sur l’étendue de la Toile, la hiérarchisation des nouvelles leur échappe de plus en plus.
Il leur reste, il est vrai, l’enquête, s’ils en ont le temps, les moyens, le goût et l’énergie. Il leur reste plus communément la vérification, la mise en contexte et la présentation de l’information, la tenue et la modération de débats publics.
Rien ne justifie qu’ils renoncent à des critères de qualité, signale pourtant Guillaume Chenevière, qui ne concernent pas moins les entreprises de médias. Ce sont ces critères et leur respect qui les distingueront, à la fin, du tout-venant de la communication électronique.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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