Leçon de choses


Cela se passe le 2 janvier. Un groupe de supporteurs genevois du Genève-Servette Hockey Club (GSHC) rentre de Berne. Il fait halte au restauroute La Rose de la Broye, à Lully dans le canton de Fribourg.
Pour des raisons mal établies, une altercation oppose plusieurs membres de ce groupe à trois personnes appartenant à une même famille. Un couteau est tiré. Un supporteur est blessé à l’omoplate. Ambulance, hôpital. La blessure est légère et le jeune homme peut regagner Genève dans la nuit.
A première vue, un incident sans gravité et d’une relative banalité. Ce n’est pas l’avis de Karl Grünberg, de l’association ACOR SOS Racisme, qui s’adresse au médiateur. Il lui transmet trois relations de l’altercation: un communiqué de la police fribourgeoise, une information parue sur le site de 24heures et un récit figurant sur celui du Genève-Servette Hockey Club.
La police parle d’une «famille hollandaise, originaire des Balkans». Le texte paru sur le site de 24heures mentionne «une famille originaire des Balkans», avant de citer entre guillemets la nationalité de ces personnes selon les termes de la police.
Sur le site du GSHC, des détails sur le déroulement de l’incident, mais aucune allusion à la nationalité ni à l’origine des personnes en cause, simplement qualifiées de «mal intentionnées».
Karl Grünberg s’inquiète à bon escient. La mention de la nationalité de personnes impliquées dans des faits divers est contestable lorsqu’elle est sélective, donc discriminatoire. Elle peut alors laisser entendre que les ressortissants de certains pays sont par nature issus de populations criminogènes. Elle encourage la généralisation et renforce les préjugés.
La police fribourgeoise va encore plus loin puisqu’elle dévie aussitôt le tir en direction des origines des agresseurs présumés: les Balkans! Du coup, la rédaction électronique de 24heures s’autorise à prendre un raccourci: c’est l’origine qui est d’emblée mise en évidence.
Une origine vague, puis les Balkans regroupent plusieurs pays et donc plusieurs nationalités. Mais commode pour désigner à l’attention du lecteur un prétendu foyer de criminalité. Et pour permettre à des groupes identitaires issus de cette même région d’alimenter des querelles entre ethnies et religions. L’occasion s’offre ainsi à l’un d’eux, qui dispose d’une agence de presse, de désigner l’auteur du coup de couteau: un Kosovar, donc un musulman!
Sans pour autant taire l’incident, le site du GSHC refuse quant à lui de céder à la tentation de propos discriminatoires.
L’altercation de la Rose de la Broye est une leçon de choses. La Suisse n’a pas besoin en ce moment de se frotter à autant d’épines.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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