Les bois flottés de l’information


En période de Fêtes, l’actualité entre en somnolence. Il faut un tsunami pour la tirer de sa torpeur. On parlait autrefois de la «trêve des confiseurs». Des journaux sans actualité? Les rédactions s’en tirent le plus souvent, façon de faire illusion, en dressant des bilans. Voilà ce qui s’est passé de saillant cette année «dans le monde et en Suisse à notre connaissance», pour paraphraser l’heureuse formule d’un ancien présentateur de journal télévisé de Suisse romande.
Le lecteur est ainsi placé devant des récits d’événements dont il a été gavé au cours des douze derniers mois. Une nouvelle (et ultime?) compresse sur les ennuis du conseiller fédéral Samuel Schmid, qui a fait ses bagages. Un réchauffé des déplorations sur la dégringolade de l’UBS (on en reparlera!). Un hymne à Barack Obama (avant que les affaires sérieuses ne commencent). Un rappel grincheux des déboires de l’équipe de Suisse de football lors de « son » Eurofoot (dont aucun lecteur n’a envie de se remémorer les péripéties). Etc.
Pour faire du neuf, on élit ici et là l’homme ou la femme de l’année. En Suisse, la première place absolue est promise à Eveline Widmer-Schlumpf, au moins selon la rédaction de la Sonntags-Zeitung. Pour une fois, les journalistes semblent en phase avec l’opinion. Cela vaut bien un éditorial.
Pendant les douze mois écoulés, les rédactions n’ont cessé de choisir au jour le jour les événements qu’elles considéraient comme dignes d’êtres retenus. Elles ont cédé aux congestions informatives qui affectent les affaires dont tous les autres parlent. Sur de nombreux sujets, en regard de l’importance intrinsèque de chacun d’eux, elles en ont trop fait. Et pendant tout ce temps, elles n’ont cessé d’écarter d’innombrables faits intéressants, mais auxquels l’espace ou le temps ne permettaient pas de laisser une place. Des faits condamnés à dépérir une fois passé un tour d’horloge.
Alors, une petite question: pourquoi les pages de fin d’année, laissées vides par une inconsistante actualité, n’accueilleraient-elles par des informations de «rattrapage»? Une initiative citoyenne ici, une performance de jeunes sportifs là, un beau livre lu en léger décalage avec sa date de parution… Bref, tout ce que l’impitoyable sélection des faits du jour a rejeté sur le rivage.
Ce ne serait pas une sinécure, puisqu’il faudrait y songer l’année durant. Garder sous le coude ces faits abandonnés pour les restaurer en fin d’année, leur donner de nouvelles couleurs. Des couleurs? Les bois flottés de l’information n’auraient peut-être même pas besoin d’artifice.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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