Infiltrations


Lancée cet automne, une nouvelle émission de France 2 fait débat. Elle s’appelle Les Infiltrés. Des journalistes dissimulent leur identité et recourent à une caméra cachée pour pénétrer à leur insu des milieux abritant des pratiques douteuses. Une première émission révélait la maltraitance de personnes âgées dans une maison de retraite. La suivante dénonçait l’exploitation de travailleurs au noir dans le bâtiment et la restauration.
Les premiers «infiltrés» se sont donc fait passer pour aide-soignant, manutentionnaire ou coursier dans une entreprise de restauration rapide.
De tels procédés ne sont pas absolument illégitimes. Il existe des situations, lors de conflits par exemple, où la sécurité des preneurs d’image (et de son) passe par la dissimulation de leur identité professionnelle.
Il en existe d’autres où la recherche de la vérité peut justifier un tel recours. Le journaliste allemand Günter Wallraff s’est illustré par divers reportages de ce genre. Le plus célèbre le voyait emprunter l’identité d’un travailleur turc afin de révéler les conditions des immigrés dans des entreprises de sous-traitance de la Ruhr.
Encore faut-il que cette vérité présente un intérêt public évident et qu’il soit effectivement impossible de la mettre au jour par les procédés classiques de la recherche journalistique.
Ce n’est pas le cas des sujets abordés pour l’instant par les «Infiltrés». La maltraitance dans les établissements médico-sociaux ou le travail au noir dans la restauration ne sont nullement absents des médias. La recherche cachée apparaît dès lors comme une solution de facilité. Elle révèle moins une volonté de faire connaître une situation que de tendre des traquenards à certains acteurs ou protagonistes.
La pratique professionnelle commande au journaliste de ne pas dissimuler son état, d’enquêter à visage découvert. Elle admet les exceptions évoquées plus haut. Pour la première fois, le Tribunal fédéral s’est prononcé sur la question en octobre dernier. Son arrêt rejoint la déontologie journalistique. Il admet les mêmes conditions à l’usage d’une caméra ou d’un micro cachés: que les éléments d’information obtenus ne puissent l’être par les moyens ordinaires de la recherche journalistique; que leur diffusion réponde à un intérêt public prépondérant.
Le jugement du Tribunal fédéral porte sur une émission de la Télévision alémanique, Kassensturz (l’équivalent du magazine de consommation A bon entendeur), qui présentait l’enregistrement d’un conseiller en assurance, réalisé à son insu. Le procédé a été jugé contraire au Code pénal.
Trop strict, trop sévère, comme l’a soutenu Blaise Rostan, adjoint à la direction de la TSR pour les affaires juridiques (Le Temps, 17 octobre)? Cela se discute, en effet, dans le cas d’émissions de consommation. Le principe même est de se mettre à la place d’un client ordinaire, afin de tester la qualité des produits et des services.
Si une limite doit être tracée dans ce domaine très particulier, elle me paraît passer par le traitement réservé aux personnes: divulguer la vérité sur les faits et les choses, mais sans piéger les gens.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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