Incitations à la violence


L’absence du médiateur pendant un mois plein a créé quelques encombrements. Un correspondant attend une réponse depuis la mi-juillet. Il protestait contre la présence tenace sur le site Internet du Matin de commentaires «appelant explicitement à la violence contre des êtres humains». Il s’agissait de réactions d’internautes à un article paru le 19 mai sur la présence de jeunes mendiants Roms dans les gares et dans les trains.
L’écrasante majorité des messages a été postée dans les jours qui ont suivi la parution de l’article. Mais une dizaine a encore été envoyée en juin et juillet.
Dans sa première interpellation du 13 juillet, mon correspondant s’étonne du maintien sur le site de ces appels à la violence et de l’absence d’un texte de son cru, qui exprime son indignation. Il demande «s’il faut vraiment une plainte pénale pour que la modération fasse son travail». En d’autres termes, pour que les responsables du site éliminent sans tarder les messages inacceptables.
Nouveau courrier le lendemain: l’article et les commentaires ne sont plus accessibles. Serait-ce l’effet d’un pouvoir occulte du médiateur ? Il n’y est pour rien. De toute manière, mon correspondant n’est pas prêt à se satisfaire d’une «simple disparition électronique». Il demande une réponse. Ces «ignominies» sont tout de même restées plus d’un mois sur le site, au su et au vu de tout le monde!
Dès son retour de vacances, le médiateur est relancé. Il lui faut quelques jours pour prendre connaissance du dossier et s’enquérir auprès des responsables du site du Matin.
Ce correspondant est un enseignant de Lausanne. Il dispose de son propre blog, «Piques et répliques», dévolu à la critique des médias, principalement de la presse lémanique. Il n’est donc pas dépourvu de moyens de faire connaître son point de vue. Cela ne change rien au fond.
Plusieurs messages auraient dû en effet disparaître dans les plus brefs délais, et même ne jamais être publiés. Dans la masse, ils ne sont pas très nombreux, mais ils sont particulièrement odieux. Ils se réfèrent à l’incendie de camps de Roms à Naples et aux expulsions systématiques pratiquées en Italie.
J’en cite quelques-uns. «Si les politiciens ne veulent pas se charger de se débarrasser de cette racaille une fois pour toutes, alors je vous invite à faire la même chose qu’à Naples! C’est tout ce qu’ils méritent.» «Faisons comme en Italie, attaquons et brûlons les camps en France voisine. Ils retourneront vite dans leur pays.» «Un bon conseil aux policiers: prenez-les derrière un wagon et frappez-les!»
Ces incitations à la violence reçoivent, sur le site même, des réponses à leur mesure. Ainsi celle-ci: «Rappelons qu’il y a plus de 60 ans, nos voisins allemands avaient trouvé la solution pour les enfants Roms. Elle s’appelait solution finale et ils les ont envoyés à Auschwitz. A lire certaines interventions, on frémit de croire que cette opinion traîne toujours dans quelques esprits.»
Les expressions de haine n’en demeurent pas moins sans utilité ni justification dans le débat ouvert par l’article du Matin. Après de premières réactions souvent virulentes, s’affrontent des internautes critiques envers le laxisme des autorités et des voix qui rappellent les difficultés d’intégration en Suisse de communautés étrangères aujourd’hui très bien assimilées, et plaident pour une politique plus ouverte envers des populations défavorisées. Le débat mérite d’être tenu.
Mais pourquoi et comment ces débordements? La réponse tient sans doute à des perceptions variables, du côté des modérateurs eux-mêmes, des limites de la liberté d’expression. Elle peut relever aussi de l’inattention de l’un ou l’autre, explicable par l’abondance des messages.
Elle passe enfin par le choix d’une procédure. Depuis le début de l’année, la mise en ligne sur le site du Matin est directe pour toute personne qui se sera enregistrée une fois pour toutes (nom, prénom, adresse électronique). Le commentaire n’est plus soumis à une modération a priori. Les textes ne sont contrôlés qu’a posteriori. Ils le sont aussitôt qu’est signalé un abus.
Cette réforme a eu pour effet de tripler ou presque le nombre des commentaires, de 350 à 800 ou 900 par jour. Elle en rend aussi le contrôle moins rigoureux. De plus, les modérateurs ne sont pas présents 24 heures sur 24.
L’essor des sites de journaux quotidiens est un révélateur de l’intérêt du public pour de nouvelles formes de communication. Les moyens sont donnés d’en faire des jardins de la démocratie. Ce serait inquiétant qu’ils n’en soient que les décharges.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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