Le départ de PPDA: que d’histoires!


Ahurissant! Le remplacement de Patrick Poivre d’Arvor au journal télévisé de TF1 a des allures de changement de Premier ministre. Tout le monde en parle, en France et alentour. Cela va du drame pipolisé aux charges politiques. Sans oublier les analyses sociologiques, comme celle de Denis Muzet qui voit dans ce départ « la fin de la domination des médias généralistes » (supplément «TV & Radio» du Monde, 15 et 16 juin 2008).
Tout ce bruit pour si peu? Un présentateur de journal télévisé est une figure familière. On l’attend, on s’y habitue, on s’en lasse. Mais sa présence rituelle n’est en rien la clé ni la caution d’une information sérieuse, claire, rapide et complète. En ce sens, la disparition de PPDA est totalement dépourvue d’enjeux. Lorsque l’intéressé émet des craintes quant à l’indépendance de l’information sur TF1, il se trompe de posture et donc s’illusionne sur son propre rôle.
Le présentateur n’est certes plus, comme au premier temps de la télévision, un simple speaker qui se contentait d’énoncer des nouvelles et dont le visage et la voix s’effaçaient derrière l’actualité du jour. Par son regard, son ton, les mouvements de ses traits, il apporte une connotation personnelle aux informations. Il les traduit et les amortit.
De plus, il anime les interventions des correspondants et envoyés spéciaux de la chaîne, il questionne des interlocuteurs, experts ou acteurs de l’actualité. Le modèle a été défini aux Etats-Unis par Walter Cronkite, le présentateur mythique de CBS News, l’homme dans lequel les Américains disaient avoir le plus confiance.
L’homme ou la femme du JT pèse enfin d’un poids variable (selon des témoignages internes, PPDA appartiendrait à la catégorie des «lourds») sur les choix éditoriaux: en une demi-heure, quels sujets retenir, lesquels mettre en évidence?
Pour toutes ces raisons, le présentateur de journal télévisé est davantage journaliste qu’il ne l’était autrefois. Mais il reste dans un emploi de façade. Le travail de fond, les recherches, les reportages, ce sont d’autres qui s’en chargent. Quant aux orientations éditoriales (la part léonine accordée aux faits divers dans le journal de TF1), elles ne sont pas étrangères aux études de marché sur les attentes supposées des téléspectateurs.
L’émotion provoquée par le remplacement de PPDA signifie deux choses au moins.
La première est la place occupée par la télévision dans la vie quotidienne de chacun. Au fond, un changement de Premier ministre ferait moins d’histoires.
La seconde est l’étonnant phénomène de concentration qui s’exerce sur la figure du présentateur du journal télévisé. Celui-ci est perçu comme l’incarnation même du journalisme, capable de maîtriser et de refléter l’actualité du jour. Il illustre parfaitement cet aphorisme de l’écrivain et polémiste autrichien Karl Kraus, qui écrivait au siècle dernier: «Au début était la presse, ensuite apparut le monde».

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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