Les journalistes ou comment s’en débarrasser?


J’imagine une définition à la Flaubert. Journaux: Ne pouvoir s’en passer. Mais tonner contre. Journalistes? Ce serait alors: Pester contre. Mais comment s’en débarrasser?
Les journalistes, eux, ne savent plus à quel saint se vouer. François de Sales, leur patron selon la tradition catholique et française, ne répond plus. Qui sont-ils? A quoi servent-ils?
En Suisse romande, un débat vient d’opposer deux des leurs. Le premier a eu l’infortune de déplaire au second pour avoir qualifié le nouveau journaliste (à l’heure de l’interactivité, de la communication et de la blogosphère) de «gestionnaire de plate-forme».
Le quotidien Le Temps (30 mai 2008), par Luc Debraine, propose une analyse intelligente et approfondie de la dispute, qui dépasse la querelle d’ego et le combat d’ergots. Des évolutions se produisent dans la circulation de l’information. Comment les prendre en compte sans rien abandonner des valeurs fondamentales qui confèrent au journalisme sa légitimité?
Au même moment se tiennent en France des Assises internationales du Journalisme. L’un des animateurs relève le désarroi et la tentation de repli qui gagnent la profession. Un participant particulièrement averti, Benoît Raphaël, propose une nouvelle définition (billet du 25 mai 2008 sur son site demain tous journalistes?). Le journalisme se distingue de plus en plus des modèles «classiques» (opinion et information) par une attention plus vive à la présence du public, à la fois comme récepteur et comme émetteur de messages.
Pas de doute, le journaliste moderne abandonne quelques privilèges. Le monde de la communication multiplie les experts; il n’est plus le «moniteur» de l’opinion. Le réseau de l’Internet offre un accès direct aux sources; il n’est plus le relai privilégié de l’événement. Les témoins, les acteurs (tsunami, Abou Ghraib, mort de Saddam) diffusent textes et images; il n’est plus qu’un reporter parmi d’autres, et souvent le dernier arrivé sur le terrain. Le public s’exprime désormais directement, sans intermédiaire; il n’agit plus «au nom du public et de son droit à savoir».
Que lui reste-il? Benoît Raphaël lui laisse des responsabilités majeures. Garantir la validité de l’information, par un travail de vérification et de mise en contexte. Débusquer l’information qui se cache, par un attachement à l’investigation (pari du site lancé par Edwy Plenel, MediaPart). Assurer, dans l’intérêt du public, les échanges d’informations et d’opinions: la tâche qui fâche, donc, celle de gestionnaire de l’espace public (plutôt que de plate-forme!). Un beau programme, qui donne son sens à la fonction publique du journaliste. Il devrait lui conserver cette posture qu’il a lui-même, trop vite et sans réfléchir, par simple goût de la formule, abandonnée à d’autres: celle de journaliste citoyen.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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