“Femina” bling-bling?


Cette lectrice du canton de Fribourg n’aime pas Femina. Elle trouve ce magazine «superficiel et destiné surtout à des lecteurs jeunes, branchés et sans soucis financiers». Elle demande au médiateur comment faire pour acquérir Le Matin Dimanche et Télé Top Matin (les programmes de télévision de la semaine), sans devoir acheter aussi Femina.
Le médiateur n’est en l’espèce d’aucun secours. Il est impossible de dissocier à l’achat les trois publications. En fin de semaine, c’est un usage commun à de nombreux journaux dans le monde. Le lecteur paie un peu plus cher, mais l’offre de lecture est beaucoup plus large.
Cette lectrice n’est sans doute pas la seule à se demander pourquoi elle est obligée d’acquérir du papier dont elle n’a que faire. La même question se pose aux personnes (il en existe encore) qui vivent sans télévision et se passent de Télé Top. Elle concerne aussi, les jours de la semaine, des lecteurs qui ne s’intéressent en rien à l’économie ou au sport, par exemple. Le journal est payé à son prix plein, alors qu’il n’est consulté qu’en partie.
Un deuxième message de cette même lectrice me confirme cependant que le vrai problème tient davantage au contenu de Femina qu’au principe de l’achat forcé. Ma correspondante relève dans les pages de mode du numéro du 27 avril une robe à 660 francs, un sac à main à 1850 francs, un cardigan, un collier et des sandales à l’avenant. Le tout constituant, selon le magazine, une «recette magique». A plus de 5000 francs au total, magique pour qui? Ma lectrice se réfère au salaire moyen des Suisses et des femmes en particulier pour s’interroger.
La question est transmise à la rédactrice en chef du magazine. Rayon mode, Femina aspire au mélange des styles et des gammes de prix, me répond Renata Libal. L’attention portée aux créateurs de prêt-à-porter haut de gamme de Paris, Londres, Milan ou New York n’est pas contestée. Elle vise à indiquer des tendances et non à inciter à l’achat. Ces tendances se retrouveront chez des fabricants de vêtements à prix abordables.
Il s’agit donc de permettre à toute lectrice de «se faire l’œil en regardant l’original », de trouver dans le magazine « l’inspiration, des idées… et surtout l’envie d’égayer sa vie en se composant une allure qui lui plaise». De plus, Femina publie régulièrement des images de mode «spécial petits prix». Ce sera le cas dans le dernier numéro du mois de mai.
Le décalage pointé entre l’offre rédactionnelle et des attentes particulières de lectrices concerne de fait l’ensemble du magazine. Cela tient à la diffusion même de Femina, encarté dans un journal du dimanche tous terrains, atteignant des lecteurs romands de toutes conditions et de tous revenus. Elle oblige le magazine à se concevoir comme généraliste, alors que d’autres publications destinées aux femmes s’autorisent à affirmer des caractères plus spécifiques. C’est le défi de Femina, qu’exprime sa rédactrice en chef: que chaque lectrice y trouve «son petit chemin personnel» et découvre en le feuilletant au moins deux ou trois thèmes qui lui conviennent.
Le chemin passant par les griffes prestigieuses des pages de mode, ou par la proposition craquante d’un mariage sous les cocotiers à Bora-Bora, n’est donc pas un itinéraire obligé. Le pari rédactionnel est effectivement d’amener des réalités plus prosaïques à mériter la mention consacrée des guides touristiques: «vaut le détour».

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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