Post-scriptum


«Des peines très discrètes». C’était le titre du dernier billet paru sur La page du médiateur. Il y était question des condamnations prononcées à l’issue du procès de Schmitten (Fribourg) et du traitement qui leur était réservé par la presse, factuel et concis. Un lecteur de Berne s’indignait de la légèreté des sanctions et s’étonnait en même temps de la retenue des journaux.
Un autre procès venait alors de s’ouvrir, portant sur une affaire analogue d’abus sexuels sur une mineure: celui de Seebach (Zurich). Il se déroulait à huis clos et l’annonce publique des peines était attendue pour le 4 avril. Après avoir avancé les diverses raisons qui conduisent ordinairement la presse à une relation sobre du jugement, j’avançais en conclusion qu’un tel sort était vraisemblablement promis aux décisions du Tribunal des mineurs de Zurich.
Mon pronostic ne s’est vérifié qu’en partie. Le Matin (dix lignes) et la Tribune de Genève (moins de quarante) traitent certes le jugement de Seebach à hauteur de celui de Schmitten. Mais 24heures propose un article nettement plus développé, sur deux colonnes, qui inclut notamment les considérations de la présidente du tribunal.
Le contraste est plus fort encore dans Le Temps, que j’avais pris en compte à propos du procès de Schmitten, sans le citer. Il s’agissait alors d’en entrefilet de moins de dix lignes. Le compte rendu du jugement de Seebach figure en tête de page, sur quatre colonnes. La correspondante à Zurich du journal publie un article circonstancié, qui rapporte les réactions et commentaires des protagonistes du procès. Dans cette affaire, le tribunal n’a pas manqué de relever le rôle plus que douteux des médias, encouragés par la police municipale, qui ont prononcé des condamnations avant l’heure.
Rien n’est donc jamais sûr en matière de pratiques journalistiques. Et c’est plutôt réjouissant. Sans quoi les pages des journaux se ressembleraient au point d’effacer toute diversité. Une rédaction tient un peu de l’auberge espagnole. Chacun y apporte sa perception de la réalité du jour. Cette réalité est elle-même soumise à de constants bouleversements. La hiérarchie des nouvelles laisse sa place à l’aléatoire: ce qui pourrait paraître important un jour sera considéré comme secondaire le lendemain. Il suffit pour s’en convaincre de comparer pendant une semaine les titres de première page de n’importe quel journal.
Mon précédent billet ne prenait pas en compte un aspect de l’interpellation de mon correspondant: les réactions des condamnés du Tribunal pénal de la Singine, rapportées par la Radio suisse romande. Ce lecteur s’inquiétait de n’y lire aucun repentir ni promesse d’amendement. Ses considérations figurent désormais en commentaire du billet du 28 mars. Si j’en crois les propos du plus jeune des condamnés de Seebach relatés par Le Temps («Un verdict de merde»), il ne trouvera pas matière à se rassurer.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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