Courrier des lecteurs: quel équilibre?


Le Grand Conseil genevois vient d’invalider une initiative populaire contre le projet de liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse (CEVA). Dans les derniers jours avant le vote, le débat a porté sur l’application des droits populaires. Le respect de dispositions constitutionnelles devait-il prévaloir sur l’organisation d’un scrutin ? La majorité du Parlement cantonal s’est rangée du côté de la Constitution. Les auteurs de l’initiative ont annoncé un recours au Tribunal fédéral.
Deux semaines plus tôt, des partisans du CEVA se sont inquiétés auprès du médiateur d’un déséquilibre dans la présentation des arguments. Ils relevaient notamment que sur les quarante-six lettres parues en 2007 dans la Tribune de Genève, dix-neuf étaient favorables à la liaison, tandis que vingt et une s’y opposaient. Les six lettres restantes étaient considérées comme « difficilement classables ».
Les plaignants s’attachaient aussi à l’origine des lettres. Selon leur décompte, les messages des opposants provenaient en grande majorité du comité contre le CEVA ; elles étaient signées pour la plupart du nom du principal porte-parole de ce comité. Dans leur propre camp, ils signalaient une proportion inverse : les lettres étaient en nette majorité envoyées par des lecteurs considérés comme indépendants.
Lors d’une controverse, le nombre de lettres publiées « pour » ou « contre » est certes un critère s’il s’agit d’estimer la part faite à chacun. Mais il n’est pas le seul. La longueur des lettres, la qualité, la représentativité ou les compétences des signataires ne peuvent être négligées.
De toute manière, la rédaction chargée du courrier procède à des équilibrages « à vue » et ne tient pas une comptabilité exacte des messages retenus. Elle ne peut manquer non plus de se laisser porter par le courant, lorsque tel ou tel sujet suscite une vague de lettres favorables ou, au contraire, hostiles. Il appartient aux lecteurs eux-mêmes d’en corriger l’orientation. Le courrier est largement ouvert à l’autorégulation. Lorsque le sujet est soumis au vote, ce sont les citoyennes et citoyens qui ont de toute manière le dernier mot.
La rédaction s’efforce de discerner les envois concertés (même provenance, mêmes arguments, rédaction à l’identique… y compris les fautes d’orthographe ou de syntaxe). Elle ne saurait prétendre à la science exacte.
Donner du courrier des lecteurs une vision purement comptable, c’est lui conférer une fonction d’instrument de formation de l’opinion, manié par des groupements d’intérêts à l’insu ou avec la complicité de la rédaction. Il est en réalité un lieu d’échange et de débat. C’est pourquoi il cherche à favoriser la formulation d’arguments pertinents et originaux plutôt que de procéder à des équilibres de toute manière aléatoires.
 

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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