L’anonymat sur la Toile


Les blogs et autres fenêtres ouvertes sur la Toile incitent à la participation des internautes. C’est très bien. Les médias n’ont plus le monopole de la parole. Mais cette ouverture a aussi son revers.
«Je crois qu’il existe une règle qui veut que le courrier des lecteurs soit signé. […] Or je ne comprends pas que le groupe Edipresse laisse des personnes répondre à ces blogs sous le couvert d’anonymat». Ce message me vient de Renaud Gautier, député libéral genevois, qui tient par ailleurs un «Blog à part» très actif. Il cite des exemples de dérapages qu’il considère comme «inacceptables».
Les sites de la Tribune de Genève et de 24 Heures offrent aux internautes trois voies d’accès.
L’accès au site lui-même, en réaction aux articles qui y figurent. L’internaute doit s’enregistrer, décliner son identité et donner son adresse électronique. La rédaction est donc en mesure de vérifier l’identité de l’auteur, même si la signature est un pseudonyme. Il lui appartient de modérer au besoin le message. Cela signifie que sa responsabilité à ce niveau est engagée si le message contient des propos contraires à la loi et si l’auteur n’est pas identifiable.
L’accès à un forum ouvert sur le site. Le message envoyé apparaît immédiatement. Il n’est donc pas modéré a priori. Il peut être en revanche supprimé a posteriori, à l’initiative de la rédaction ou à la suite de l’intervention d’autres internautes. Il en va donc aussi de la responsabilité du journal si l’auteur n’est pas identifiable.
L’accès à un blog, sous forme de commentaire, ne fait pas l’objet d’un contrôle par la rédaction, mais d’un contrôle technique : un accusé de réception est automatiquement envoyé à l’expéditeur. Il permet de détecter si l’adresse électronique est fausse ou si elle est usurpée – cela m’est arrivé récemment. Cela étant, l’auteur du blog a toute liberté de gérer ses correspondants : accepter les messages, les modifier, les écarter. Il est libre d’appliquer également la politique de signature qui lui convient.
A partir du moment où le blog fait partie d’un «bouquet» offert sur le site d’un journal, il me paraît difficile de ne pas attribuer à ce dernier une responsabilité finale dans la diffusion des contenus. Mais je ne suis pas juriste !
En ce qui me concerne, j’ai choisi de refuser toute forme d’anonymat en relation avec «La page du médiateur». Lorsque le message est signé d’un pseudonyme et que l’adresse électronique de son auteur est valide, je tente de convaincre cette personne de signer de son nom et prénom. Comme il est d’usage pour le courrier des lecteurs publié dans le journal, je réserve les cas de messages d’un grand intérêt public, dont l’auteur doit être protégé d’éventuelles représailles. Sinon le correspondant est averti que son message ne sera pas pris en compte.
Cela prend du temps et cela prive aussi le blog d’une certaine effervescence. Je m’en tiens à cette attitude, même si elle n’est pas vraiment en phase avec la culture de la blogosphère.
Sur le fond, il est admis que la responsabilité juridique des sites de journaux est la même que celle qui leur est attribuée pour les publications «papier». Elle est assumée par le «rédacteur responsable» du titre.
L’Internet crée néanmoins des problèmes nouveaux. Une loi française de juin 2004 décharge de sa responsabilité un hébergeur n’exerçant aucun contrôle sur ses contenus. Des plaignants ont attaqué récemment l’encyclopédie en ligne Wikipedia au sujet de propos concernant leurs inclinations sexuelles. Ils ont été déboutés. Il existe cependant une ligne jaune : l’hébergeur est tenu d’intervenir s’il reçoit des propos racistes ou négationnistes, ainsi que des contenus pornographiques impliquant des enfants.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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