Le grand malentendu: en Suisse aussi!


A la suite d’un récent billet (1er février), la question m’est posée. Et qu’en est-il des relations entre les journalistes suisses et leur public ? Peut-on parler, comme en France, d’un « grand malentendu » ? Le livre de Jean-Marie Charon (Edition Vuibert), dont il était question, apporte une démonstration qui vaut largement en dehors des frontières de l’Hexagone. Le médiateur est bien placé pour mesurer l’écart fréquent entre les attentes du public et l’offre des médias. Il est d’ailleurs significatif que l’auteur tire un certain nombre d’exemples de l’expérience de médiateurs en fonction en France, en particulier dans l’audiovisuel.
Deux nuances cependant.
La première tient à la structure des médias. En Suisse comme en France, le paysage médiatique est dominé par l’existence de grands groupes de presse. Le journaliste français qui entre dans une rédaction s’inscrit souvent dans un vaste conglomérat pluri-médias, fortement internationalisé, où se côtoient des intérêts industriels et financiers. Cette dépendance comporte un risque d’allégeance, d’autant plus pernicieux qu’il change en fonction des ventes et des fusions. Pour l’instant, les groupes de presse en activité en Suisse pratiquent une monoculture médiatique, qui les soustrait largement à ce genre d’interférences.
L’autre différence rejoint la préoccupation principale de Jean-Marie Charon d’assurer mieux les fondements éthiques et déontologiques du journalisme. Contrairement à la majorité de leurs confrères français, toujours réticents face aux diverses formes de régulation de la profession, les journalistes suisses disposent depuis 1977 d’un instrument éprouvé : le Conseil de la presse.
Cette instance est dotée d’une structure souple, qui permet tout à la fois de veiller à l’application de normes éthiques fondamentales et d’adapter en permanence les dispositions déontologiques aux conditions changeantes du métier. Ce rôle de chambre de réflexion est parfois estompé par son activité d’organe de contrôle, sinon par la publicité plutôt discrète accordée par les médias à ses prises de positions.
Selon Dominique von Burg, nouveau président du Conseil, la réflexion sur les évolutions du journalisme devrait l’emporter sur la fonction de « juge » des bonnes pratiques du métier (Neue Zürcher Zeitung du 11 janvier). Dépourvu de pouvoir de sanction, le Conseil vaut essentiellement par son autorité morale.
Les évolutions du journalisme ? En réponse aux nouveaux acteurs de l’information, qui diffusent textes et images sur la Toile, le Conseil suisse de la presse ne manque pas de travail s’il entend préserver l’identité professionnelle des journalistes.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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Vos commentaires

Question naïve d’un lecteur français: comment se fait il que l’asservissement aux « intérêts industriels et financiers » se traduise chez les journalistes par un incroyable monolithisme idéologique et culturel, tous les journalistes « pensant » tous la même chose, avec les mêmes références, sur les mêmes sujets au même moment, avec une tonalité généralement « anticapitaliste », qui semble moins correspondre aux « intérêts » évoqués au début qu’au conditionnement acquis dans les écoles de journalisme….